Les groupes chinois multiplient leurs acquisitions en Occident

14 janvier 2005

Le rachat annoncé de Marionnaud par un milliardaire chinois confirme une tendance récente : l’expansion des entreprises de ce pays à l’étranger. Du leader français de la tomate en boîte aux ordinateurs individuels d’IBM, ou aux téléviseurs de Thomson, aucun secteur ne les laisse indifférents.

Le rachat du distributeur français de parfums Marionnaud par le groupe de Hongkong Hutchison Whampoa est un des signes supplémentaires du changement en cours : le monde va devoir s’habituer au capitalisme chinois. Perçue jusqu’alors comme l’atelier du monde, la Chine ne cache plus qu’elle a bien l’intention de s’imposer comme acteur mondial à part entière.



Les premières manifestations de cette conquête du monde ont commencé depuis quelques années. Le groupe TCL a ainsi repris en 2003 la fabrication des téléviseurs de Thomson, puis l’activité téléphone mobile d’Alcatel en 2004. Le groupe d’électroménager Haier a lui aussi commencé à s’implanter à l’étranger. Il compte près d’une vingtaine d’usines à l’étranger, y compris aux Etats-Unis. Ces dernières semaines, cependant, le mouvement semble s’accélérer. En octobre 2004, Shanghai Automotive (SAIC), numéro deux chinois de l’automobile, rachetait le quatrième constructeur sud-coréen, SSangYong Motor, avec lequel il pourrait construire une usine de 4 × 4 en Russie. Surtout, SAIC a annoncé qu’il avait engagé des discussions pour se porter au secours de MGRover, en Grande-Bretagne, au besoin en le rachetant.

Le 8 décembre 2004, le groupe de haute technologie Lenovo annonçait le rachat de la division PC d’IBM pour 2 milliards de dollars (environ 1,5 milliard d’euros). Début janvier, le groupe pétrolier China National Offshore Oil corp (CNOOC), troisième producteur chinois, reconnaissait étudier une offre publique amicale sur la société Unocal, neuvième producteur de pétrole et de gaz américain. Le rachat envisagé s’élèverait à plus de 13 milliards de dollars, soit près de trois fois le chiffre d’affaires. Quant au groupe minier et métallurgique China Minmetal, il a, lui, approché le canadien Noranda, producteur de cuivre et nickel, et lui a proposé de le racheter au prix de 7 milliards de dollars.

D’autres opérations sont en cours. Le sidérurgiste Baosteel est en train d’étudier un investissement de taille au Brésil, afin de se rapprocher des sources minières de fer et de coke, tandis que les groupes d’aluminium cherchent à prendre pied en Australie.

SOUTIEN DU GOUVERNEMENT

A chaque fois, le gouvernement chinois apporte son soutien actif à ces opérations.[...]

Héritant de surplus commerciaux de plus en plus colossaux qui viennent gonfler les réserves de change, le gouvernement cherche par tous les moyens à éviter une réévaluation du yuan, qui perturberait son équilibre et son succès économique. [...]

Cette voie est d’autant plus privilégiée que le gouvernement, comme les grands groupes, estiment impératif d’aller sur les marchés extérieurs, pour soutenir leur croissance et assurer leur développement. Pour l’instant, les efforts se concentrent sur quelques secteurs. En priorité, l’énergie et les matières premières. La sécurisation des approvisionnements dans ce domaine est devenue une priorité stratégique pour le gouvernement chinois, afin d’assurer le rythme de croissance de l’économie.

Après avoir multiplié les accords de coopération au Moyen-Orient, en Afrique, en Amérique latine, les Chinois paraissent décidés à être plus offensifs en Occident, au besoin en se lançant dans l’acquisition d’actifs ou de groupes. [...]

Le deuxième axe de développement est dans les hautes technologies. Souvent placés en position de sous-traitant des grands groupes occidentaux de technologie, les groupes chinois éprouvent le besoin de monter en gamme et de s’approprier des techniques, des méthodes de gestion et de marketing qu’ils ne maîtrisent pas encore. Après avoir échoué à imposer sa marque Legend Computer comme une marque internationale, Lenovo s’est résolu à racheter la plus prestigieuse qui soit : IBM. Celle-ci devrait lui apporter en outre la capacité technologique qui lui permettrait de s’affirmer comme un réel concurrent de Dell ou de Microsoft. De même, Haier n’est pas encore parvenu à s’imposer comme un label fort sur les marchés occidentaux, bien qu’il soit présent dans plus de 100 pays.

DOMAINES NÉGLIGÉS

Les deux priorités fixées par le gouvernement n’empêchent pas les groupes chinois de regarder d’autres secteurs d’activité. Contrôlés par l’Etat, peu voire pas du tout soumis aux obligations occidentales de rentabilité, ces capitalistes asiatiques osent se lancer dans des domaines ou sur des marchés que les investisseurs occidentaux négligent. En avril 2004, le premier producteur chinois de tomates, Chalkis, a ainsi acquis la majorité de la société Conserves de Provence, leader français de la tomate. Le chinois Eri, lui, projette de créer une entreprise de recyclage de plastique à Cahors.

Cet activisme risque de se démultiplier dans les mois à venir. Alors que les économies occidentales calculent, s’ossifient, tombent dans un capitalisme de rente, les entrepreneurs chinois eux, osent, bougent, multiplient les expériences, bien décidés à se hisser par tous les moyens au sommet du monde.

Martine Orange

LeMonde.fr - 14/01/05 14h06
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