Revue de Presse - Page 4 sur 8

Il faut la suivre

22 mai 2005

L’actualité de la Chine fut particulièrement chargée cette semaine, difficile à suivre en temps réel et surtout au vu du nombre de domaines touchés. Petit panorama de ce qui a pu retenir l’attention.


Mardi 17 : Le textile chinois tracasse Bruxelles

Tout le monde en parle en ce moment, les Etats-Unis et l’Union Européenne n’entendent pas laisser déferler le textile chinois sur leur territoire. Débat plus complexe que “les chinois sont exploités alors forcément ils sont plus compétitifs.”, question de marges des fabricants et revendeurs, de qualité, des taxes d’importation et de contournement des règles de jeu de l’OMC, en tout cas Bruxelles annonce la couleur.

Bruxelles veut endiguer l’afflux des textiles chinois

Mardi 17 mai, à Bruxelles, Peter Mandelson, le commissaire européen au commerce extérieur, a dévoilé son intention d’ouvrir “immédiatement” des consultations formelles avec la Chine, afin de la contraindre à limiter, d’ici fin juin, ses exportations de tee-shirts et de fil de lin, deux catégories parmi les plus exposées. [...]

De janvier à avril 2005, depuis la suppression des derniers quotas, les importations de tee-shirts et de fil de lin ont progressé respectivement de 187 % et de 56 % par rapport à la même période en 2004. Les prix des tee-shirts importés de Chine ont baissé de 36 %. Surtout, les experts de la Commission ont constaté que la production a reculé dans le même temps de 12 % en Grèce, de 30 % à 50 % au Portugal, et de 8 % en Slovénie.

Sur l’ensemble de l’Union, la fabrication de fil de lin aurait, elle, chuté de 25 %, et l’emploi de 13 % en un an, en touchant particulièrement, selon M. Mandelson, la France et l’Italie. Dans cette catégorie, la part de marché de la Chine a presque doublé pour atteindre les 45 %. La hausse des importations en provenance de l’empire du Milieu s’est faite au détriment d’autres fournisseurs traditionnels de l’Union (Pakistan, Sri Lanka, Bangladesh, Inde et Maroc).[...]

Philippe Ricard

Le Monde.fr - 18/05/05
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Mercredi 18 : Où ça de la contrefaçon en Chine ?

Patrick Devedjian fait une descente dans le marché de la soie à Pékin : radar à contrefaçon en opération…
En plus, c’était encore relativement soft. S’il était venu au Fake Market (Marché du Faux, c’est son nom…) de Shanghai, il se serait peut-être vu proposé “DVD, DVD ! Sex, Sex !” par quelques Chinois hagards…

Visite ministérielle à Pékin d’un haut lieu de la contrefaçon

Le ministre délégué de l’industrie, Patrick Devedjian, n’a pas fait beaucoup d’affaires, mercredi 18 mai, au marché de la soie, haut lieu de la contrefaçon à Pékin : un polo Lacoste acheté 150 yuans (14,35 euros), une chemise Ralph Lauren marchandée pour 125 yuans.[...]

Tous les propriétaires n’ont pas été prévenus de cette visite et certains dissimulent en catastrophe les produits français sous le comptoir à l’approche du ministre et des caméras des chaînes françaises. Les rabatteurs habitués à ouvrir les catalogues des grands noms du luxe sous le nez du chaland ont déserté les rayons. M. Devedjian monte à l’étage des bijoux et des montres, examine une Breitling qu’il pourrait emporter pour 50 yuans, jette un oeil sur les Swatch et les Bulgari, cherche en vain de fausses Rolex. Quelques vitrines ont été recouvertes d’un tissu blanc. Le ministre descend au rayon maroquinerie, en quête d’un sac Louis Vuitton, qu’il déniche au fond d’une échoppe. “Ça a l’odeur du Vuitton, l’aspect du Vuitton, mais ce n’est pas du Vuitton”, ironise-il.[...]

M. Devedjian veut croire à la “bonne foi” de Pékin, qui a durci la répression contre ce phénomène. Mais dès que l’importun a tourné les talons, les modèles disparus réapparaissent et les affaires reprennent.”

Jean-Michel Bezat

Le Monde.fr - 18/05/05
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Jeudi 19 : Libertés Internet

Force est de constater que sans “astuce” on ne peut pas accéder à toute la toile depuis la Chine. Des plateformes entières de blogs coupées (Skyblog, BlogSpirit, etc…), les sites “sensibles” traitant de sujets politiques, pornographiques, polémiques, ou même de technologies des réseaux informatiques. La Chine trouvera-t-elle une opposition suffisante pour que les choses bougent ou du moins n’empirent pas… ?

Censure, made in Pékin

Suite à l’annonce faite par Google de l’ouverture prochaine d’un bureau en Chine, Reporters sans frontières a écrit aux deux fondateurs de l’entreprise, Larry Page et Sergey Brin, pour leur demander de répondre clairement à cette question : “Accepterez-vous de censurer votre moteur de recherche si cela vous est demandé par Pékin ?”

Contacté par Reporters sans frontières, le service des relations presse de Google a précisé que leur bureau en Chine n’aurait, dans un premier temps, qu’un rôle d’étude, afin de “mieux comprendre ce marché complexe”.[...]

Jusqu’à récemment, Google avait toujours refusé de se plier à la volonté du gouvernement chinois en la matière. Mais des décisions récentes nous font craindre que votre engagement à respecter la liberté d’expression ne cède face à des logiques commerciales. Tout d’abord, nous avons été étonnés d’apprendre que vous avez investi, en juillet 2004, dans un moteur chinois concurrent, Baidu, qui filtre ses résultats de recherche. Nous comprenons mal que vous deveniez aujourd’hui partenaire d’un site vers lequel les autorités redirigeaient vos utilisateurs, en 2002, lorsque Google était interdit en Chine. Plus inquiétant, en novembre dernier, vous avez accepté de retirer de la version chinoise de votre moteur d’actualité les publications jugées “subversives” par Pékin.

Nous vous demandons simplement de refuser l’autocensure. Si les autorités chinoises souhaitent bloquer l’accès à certains sites Internet, elles doivent le faire elles-mêmes ; elles ne s’en privent d’ailleurs pas. En revanche, nous trouverions extrêmement inquiétant que vous participiez vous-même à la politique de répression de la liberté d’expression engagée par le gouvernement chinois. Certes, votre principal concurrent dans le pays, Yahoo !, a décidé de se plier aux exigences de la Chine dans ce domaine. Mais nous attendons de Google, qui affiche depuis sa création une volonté de respecter certains principes éthiques, une position plus courageuse.[...]

Lettre signée par Robert Ménard, secrétaire général de Reporters sans frontières.

Zataz Mag.com
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Samedi 21 : Le cinéma chinois récompensé à Cannes

Une note moins dramatique pour cette semaine : le cinéma chinois a son lauréat à Cannes cette année ! “Shanghai Dreams” du réalisateur WANG Xiaoshuai a reçu le Grand Prix du Jury.

Je ne l’ai pas encore vu donc j’aurai du mal à vous en parler, mais vous pouvez déjà retrouver la fiche du film sur le site du Festival de Cannes, ainsi qu’une critique du film ici.

Dimanche 22 : La grippe aviaire, encore
J’apprends ce soir qu’une nouvelle épidémie de grippe aviaire s’est déclarée, cette fois dans une région occidentale de la Chine, ouf j’en suis loin. Remarquez, de toute façon, pour nous ça ne change rien à notre quotidien, nous n’avons pas encore l’habitude de nous promener dans les marchés de volailles. Mais bon pour rassurer tout le monde, c’est promis je ferai attention…

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur cette énième foyer d’épidémie, suivez le lien.

Voilà donc pour la semaine info. Je n’ai pas parlé des élections de Taiwan pour son indépendance (14/05/05) qui l’auraient sûrement mérité, mais je vous laisse lire l’article de Marieke à ce sujet. J’en ai peut-être loupé d’autres. Comme par exemple il paraîtrait que le chinois est la 2ème langue de contenu de page web (derrière l’anglais bien sûr) pour une part de 13%, bon le français 6ème avec 4% (mais 2ème langue des blogs ahah).

C’était une habile tentative de diversifier mes sources, parce que les liens précédents étaient un peu mono-source si vous avez bien tout cliqué ;) Si vous en avez d’autres à suggérer, je suis preneuse, c’est que ça prend du temps de fouiller le web.

Soulagement en Chine : on voit bien la Grande Muraille depuis l’espace

4 mai 2005

Les Chinois peuvent pousser un soupir de soulagement : la Grande Muraille est bien visible, à l’œil nu, depuis l’espace. Une polémique avait en effet éclaté à l’automne 2003, après la première mission spatiale chinoise, quand le cosmonaute Yang Liwei, une fois redescendu sur Terre, avait énoncé cette frustrante affirmation au regard de l’orgueil national. “Vue de l’espace, la Terre est belle, avait-il dit, mais je n’ai pas vu notre Grande Muraille.”

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Pékin propose de réparer les dégâts à l’ambassade du Japon

19 avril 2005

PEKIN (Reuters) - La Chine propose de réparer les dégâts causés à l’ambassade du Japon à Pékin lors de manifestations antijaponaises, mais maintient la pression sur Tokyo en voulant que l’Unesco classe au patrimoine mondial un site, en territoire chinois, où les Japonais mirent au point des armes biologiques et réalisèrent des expériences sur des êtres humains.

La Chine a connu trois semaines de violentes manifestations antijaponaises, nombre de participants aux rassemblements clamant leur colère contre un manuel d’histoire japonais qui nie les atrocités commises par l’armée impériale dans les années 1930/40.

Les autorités chinoises s’opposent d’autre part catégoriquement à ce que Tokyo obtienne un siège de membre permanent - et un droit de veto - au Conseil de sécurité.

En Corée du Sud, premier pays où des tensions sont apparues en raison des manuels d’histoire nippons, le ministère des Affaires étrangères s’est dit préoccupé par la détérioration des relations entre Pékin et Tokyo. Le 1er mars dernier, le président sud-coréen, Roh Moo-hyun, avait estimé que le Japon se devait de présenter de sincères excuses pour son passé colonial. L’irritation de Séoul envers Tokyo était alors exacerbée par un contentieux bilatéral sur des îles désertes revendiquées par les deux pays.
Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a pesé de son poids lui aussi, encourageant les dirigeants chinois et japonais à se rencontrer en marge d’un sommet international qui s’ouvre jeudi à Djakarta, et à tenter alors de résoudre de manière apaisée les tensions bilatérales.

Une vingtaine de fenêtres de l’ambassade du Japon en Chine ont été brisées le 9 avril par des manifestants, a dit mardi un porte-parole de l’ambassade du Japon qui a ajouté qu’une entreprise sous la responsabilité du ministère chinois des Affaires étrangères avait proposé de prendre en charge les réparations. Pékin n’a pas réagi à ces propos.

La résidence de l’ambassadeur du Japon, à quelques kilomètres de là, a elle aussi été la cible de manifestants, et des vitres et du “matériel de communication” ont été brisés.

Samedi dernier, des manifestants s’en sont pris au consulat du Japon à Shanghai, brisant des vitres et jetant des oeufs, des tomates et de la peinture.

DEMANDE DE LA CHINE A L’UNESCO

Un porte-parole de l’ambassade du Japon a déclaré que Tokyo attendait une réponse de la Chine à sa demande de dédommagement pour les dégâts subis par ses missions.

Tokyo attend en outre de Pékin des excuses officielles pour les violentes manifestations, ce qu’ont exclu les Chinois lors de la visite à Pékin, dimanche et lundi, du ministre japonais des Affaires étrangères, Nobutaka Machimura.

Au Japon, la police dit avoir recensé 25 cas de harcèlement ayant visé les intérêts chinois depuis le début des manifestations en Chine. Une école de langue chinoise à Tokyo et la résidence de l’ambassadeur de Chine dans la capitale nippone ont subi de légers dégâts.

“Si les Chinois recourent à la violence, les Japonais ne doivent pas suivre leur exemple”, a déclaré lors d’une conférence de presse le ministre japonais de l’Education, Nariaki Nakayama.

D’autre part, initiative qui risque de jeter de l’huile sur le feu, la Chine va demander à l’Unesco de classer au patrimoine mondial de l’humanité les vestiges d’un centre appelé “Unité 731″, utilisé par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale pour mettre au point des armes biologiques, rapporte mardi l’agence de presse Chine nouvelle.

Située au sud de Harbin, capitale de la province du Heilongjiang dans le nord-est de la Chine, les laboratoires, prisons et fours crématoires de l’”Unité 731″ servaient à des expériences sur les humains destinées à la mise au point d’armes biologiques à base de peste bubonique, de typhoïde, d’anthrax et de choléra.

Au moins 3.000 personnes, dont des civils chinois, des Russes, des Mongols et des Coréens ont péri dans des expériences menées par les Japonais dans ce centre, de 1939 à 1945, écrit Chine nouvelle. En dehors de ce site, plus de 200.000 Chinois ont été tués par les armes biologiques produites par l’Unité 731, ajoute l’agence.

Par ailleurs, un groupe de députés japonais compte se rendre au sanctuaire shintoïste de Yasukuni, considéré par la Chine comme le symbole du militarisme passé de l’Empire du Soleil levant. Ce groupe doit aller s’incliner vendredi sur les tombes du sanctuaire, lors des fêtes du printemps. Un certain nombre de criminels de guerre japonais de la période de la Seconde Guerre mondiale sont inhumés dans ce sanctuaire, où s’est rendu plusieurs fois l’actuel Premier ministre japonais, Junichiro Koizumi, ce qui a, à chaque reprise, provoqué l’ire de Pékin et de Séoul.

Reuteurs - 19/04/05 - 10h57
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Une centaine de manifestants anti-japonais se rassemblent à Shanghai

16 avril 2005

On pouvait encore dire que Shanghai avait été épargnée, mais ce matin, quand je prenais mon petit déjeuner, voici ce qui se passait dans la même ville, à quelques dizaines de kilomètres de chez moi :

Une centaine de manifestants anti-japonais se sont rassemblés samedi matin à Shanghai aux cris de “A bas le Japon”, a constaté un journaliste de l’AFP sur place. Une forte présence policière entourait la manifestation qui s’est formée sur Renmin Guangchang (La place du peuple) mais les forces de l’ordre ne sont pas intervenues dans l’immédiat. La semaine dernière, plusieurs dizaines de milliers de personnes avaient défilé à Pékin et dans le sud de la Chine pour protester contre l’attitude du Japon face à son passé et la volonté de Toyko d’obtenir un siège permanent au Conseil de Sécurité de l’ONU. Aucune manifestation n’avait alors eu lieu à Shanghai, la capitale économique du pays où les entreprises japonaises sont très implantées.

Dépêche LeMonde.fr
16/04/05 - 3h03 en France, 9h03 en Chine
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Bureau des pleurs et des coups à Pékin

10 mars 2005

Les victimes d’injustices tentent de venir se plaindre, mais tout est fait pour les dissuader.

C’est un rituel aussi ancien que l’empire. De tous les coins de l’immensité chinoise, les simples citoyens qui s’estiment victimes d’injustices se rendent dans la capitale dans l’espoir d’attirer l’attention des puissants sur ce qui se déroule à la base, «loin du ciel»… Le moment privilégié de cette complainte est la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP), qui s’ouvre samedi au palais du Peuple, place Tiananmen. Le bureau de l’ANP chargé de recevoir les plaintes est situé dans la banlieue sud de Pékin, loin des regards. Ici se déverse toute la détresse des exclus du miracle chinois, paysans, ouvriers ou petit peuple des villes, victimes de l’arbitraire, de la corruption d’une bonne partie de l’appareil, et d’un système qui n’autorise aucun recours si on est ni riche ni puissant. Le nombre de plaintes augmente sans cesse : 10 millions pour la seule année 2003, selon un chercheur chinois.

Oreille complaisante. La venue d’un journaliste étranger provoque un attroupement. Des dizaines de personnes arrivent, certains s’accrochent à vos vêtements, vous glissent une pétition dans la poche ou vous supplient de les écouter. Ils savent qu’un étranger ne pourra rien pour eux, mais le seul fait de trouver une oreille complaisante leur apparaît miraculeux. Il y a ce paysan du Shaanxi dont les terres ont été confisquées pour laisser passer le gazoduc Ouest-Est jusqu’à Shanghai : les cadres locaux ont détourné l’argent des compensations et il se retrouve sans rien. Il y a cette mère dont la fille a été victime d’une erreur médicale dans un hôpital de Tianjin, près de Pékin, mais celui-ci refuse de l’admettre. Ou encore cet homme venu du Heilongjiang, dans le Nord, qui a vu sa maison détruite sans être indemnisé…

Tous se sont heurtés à des murs dans leurs provinces, certains pendant des années, et ont reporté leurs espoirs sur la capitale, arbitre des conflits locaux. Mais encore faut-il pouvoir s’y faire entendre. A l’entrée du bureau des plaintes, des dizaines d’hommes en noir forment une véritable barrière humaine : ce sont des cadres et policiers venus de toutes les provinces pour empêcher les plaignants de déposer leur plainte et ternir ainsi l’image de leur région auprès du pouvoir central. Tous les moyens sont bons pour les en dissuader, y compris la force : les plaignants peuvent être kidnappés et rapatriés dans l’une des voitures de police garées à proximité.[...]

Voeu pieux. Tout ça pour rien. Car, selon Yu Jianrong, chercheur de l’Académie des sciences sociales qui a dirigé une enquête sur le sujet, pas plus de 2 plaintes sur 1 000 aboutissent. Le chercheur suggère d’abolir ce système, qu’il juge en faillite, pour le remplacer par un véritable Etat de droit, dans lequel la loi et la justice seraient accessibles à tous. Mais le sujet est suffisamment sensible pour qu’il refuse une interview. «En ce moment, je ne pourrais parler que de ce qui va bien», a-t-il dit à Libération… Mais le gouvernement a choisi la direction opposée : il prévoit de réformer le système en mai, pour assurer un meilleur accès des plaignants. Un voeu pieux tant que le régime restera basé sur l’arbitraire. Pour les plaignants, venir à Pékin demeurera longtemps encore un immense espoir de justice, rapidement transformé en désillusion.

Pierre HASKI (voir blog)

Libération.fr - 05/03/05
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Quand le “petit peuple” chinois présente ses doléances…


“Tout ce que j’ai fait n’a servi à rien. La corruption du système est telle…”

Qing Sha Ping (Hebei, Chine)
Assis frileusement autour d’un poêle diffusant une chaleur parcimonieuse dans la pièce centrale de sa ferme, Wang Haiqun, 50 ans, détaille d’une voix posée les raisons de sa colère. Le 25 avril 2003, son fils Shenlei s’est suicidé en avalant de la mort-aux-rats après avoir été arrêté par la police qui l’aurait forcé à avouer un vol qu’il n’avait pas commis. Au soir de ce passage à tabac, le jeune homme, humilié, a préféré se donner la mort.

Shenlei avait pris le soin de laisser une lettre ainsi libellée à destination de la maréchaussée : “Chers policiers, écrivit-il, je vais mourir mais je veux vous le dire avant : les faits que vous me reprochez sont faux. J’ai décidé de partir en conservant ma dignité et je ne vous permettrai pas de m’accuser. Et mon âme me survivra…”

Depuis ce tragique 25 avril, M. Wang père ne décolère pas. Il est “monté” sept fois à Pékin, à quatre heures de train plus au nord, pour faire le siège d’administrations où il est permis au peuple de présenter ses doléances. Sans succès en ce qui le concerne…

Des milliers de plaignants viennent désormais de toute la Chine pour exprimer devant les officiels leur frustration, expliquer des cas litigieux ou exiger que justice leur soit rendue quand ils estiment avoir été victimes d’abus par les autorités locales. Ce phénomène illustre les changements en cours en Chine tout en démontrant comment le pouvoir pékinois dispose de petites soupapes de sécurité pour canaliser le mécontentement populaire alors que se multiplient ces derniers temps les poussées de fièvres sociales.

Mais ces plaignants ont souvent intérêt à ne pas trop se plaindre. A la veille de la session annuelle de l’Assemblée nationale populaire (ANP, le “Parlement” chinois) qui s’est ouverte samedi 5 mars, une centaine de ces protestataires ont été retenus par la police et une bonne partie d’entre eux ont été battus. Avant ces grand-messes politiques, les autorités veillent à anticiper pour éviter tout désordre potentiel.

JUGE ET PARTIE
“Tout ce que j’ai fait n’a servi à rien, se désole encore M. Wang, qui est “monté” une fois de plus à Pékin. Certes, les responsables du gouvernement d’aujourd’hui sont “plus à l’écoute” des gens que leurs prédécesseurs. C’est plus facile de contacter l’administration mais en même temps, souvent, ça ne donne aucun résultat.” “Vous savez, ajoute le paysan, moi je fais partie du petit peuple, alors on n’a pas d’autre solution que d’utiliser ces canaux-là. Mais la corruption du système est telle…”[...]

L’homme montre une feuille de papier dûment estampillée par les responsables du bourg de Jiangshui, dont dépend son village. Noir sur blanc, il y est écrit que le “bureau de police, en coordination avec le département des affaires sociales” propose, “considérant son chagrin”, d’offrir une “indemnisation de 5 000 yuans” (500 euros) au père de la victime si ce dernier s’engage à ne plus “monter à Pékin”. Bref, localement, on s’efforce d’étouffer une embarrassante affaire.[...]

Bruno Philip

Le Monde.fr - 09/03/05
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