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Oui… mais non

Lundi 30 mai 2005

Quand on vit de manière prolongée à l’étranger, pas toujours évident de suivre l’actualité de son pays. Pourtant il est des sujets qu’il est difficile de manquer, mieux vaut même s’y intéresser de près : le dernier en date, tout le monde l’aura compris, concerne le référendum qui vient de se solder sur un NON retentissant.

C’est par la petite fenêtre de mon ordinateur que j’ai pu suivre autant que possible le débat qui animait la France ces derniers temps autour du référendum concernant la ratification de la Constitution Européenne. Comptant que la Chine compte 6 heures de décalage avec Paris, je n’ai naturellement pas attendu les premières estimations (4h du mat chez moi quand même…), et ce matin, peut-être encore plus vite que d’habitude je me suis préciptée sur mon ordi à mon réveil (comment ça un peu geekette sur les bords ?). La journée commença mal…

Loin de vouloir me lancer dans un débat politique qui ne changerait rien, le fait de vivre à l’étranger au milieu d’une population très éloignée de l’Europe pas seulement géographiquement, nous fait réaliser la nécessité de l’existence d’une “force européenne” cohérente, qui aurait pu naître de cette Constitution Européenne.
Déjà pour nous ressortissants de l’Europe, ce n’est pas toujours chose aisée que de faire le clair entre l’espace Shengen, la Zone Euro, l’Europe des 15 qui passe à 25 et bientôt combien ? Alors pour des Chinois…
Nombre de sujets d’envergure internationale émergent aujourd’hui, au sujet desquels la Chine exprime sa voix face aux Etats-Unis, mais peine à entendre celle d’une Europe indécise, qui pourrait pourtant avoir quelque chose d’intéressant à ajouter. Quels rôles peuvent bien jouer seules la France et sa culture, l’Allemagne et ses voitures, tel ou tel autre pays isolé dans ces luttes de géants ?

Ce sont ces questions qui nous font regretter l’issue du référendum d’hier, l’idée que le débat se plaçait au-delà des guéguerres politiques internes à la France, ou des implications socio-économiques engendrées. Certes tout n’est pas fini, une nouvelle Constitution pourra être proposée, mais dans combien de temps ? Impression qu’on vient de manquer le coche, c’est maintenant que les choses bougent, y contribuerons-nous significativement ?

Je me permettais de parler au nom des expatriés en Chine. Force est de constatée que selon qu’on se trouvait en France ou pas, l’opinion était différente. De ce que j’ai pu lire sur le blog de Pierre Haski, en Chine, le OUI l’a emporté à 90% ! Je vous laisse lire sur son billet le détail des résultats et son avis sur la question.

Bien sûr nous en avions discuté auparavant avec nos amis Allemands. Quand nous leur parlions de la fervente opposition menée en France, ils étaient des plus étonnés. Dans leur pays la ratification sera votée par leurs représentants et non par référendum, a priori aucun doute sur l’issue favorable qui devrait en découler. Intéressant de voir les différentes attitudes dans nos 2 pays bâtisseurs de l’Europe.

Ci-dessus une photo que j’avais prise lors du discours de M. Raffarin (alors) Premier Ministre lors de sa venue à Shanghai en avril dernier. L’on y voyait le drapeau français disposé tout près du drapeau européen, beaucoup de choses auront vraissemblablement changé lors de la prochaine intervention française en Chine…

Au service de leur pays

Mercredi 25 mai 2005

Après notre petite semaine de repos post-HSK dûment méritée, nous avons repris le chemin des cours de chinois. Fini de bourriner comme des malades sur les règles de grammaires, les tournures d’écritures et les usages des mots, maintenant nos cours sont davantage axés sur la pratique de la langue orale et sa compréhension et sur la composition. Ainsi mardi dernier pour nos retrouvailles avec prof Bai, le plan du cours était le suivant : nous devions tous préparer pendant quelques minutes de quoi parler devant nos camarades de classe de l’égalité des statuts hommes-femmes dans nos pays d’origine respectifs.

Première réaction à chaud : arf, c’est bateau comme sujet. Naturellement, parler en cours des statuts hommes-femmes dans la société avec des personnes de la même société que vous ne présente pas forcément quelque chose de passionnant. Pour trouver le sujet, notre prof d’ailleurs n’a eu qu’à ouvrir le bouquin de cours pour se débarrasser du problème du sujet. Mais là où ça devient intéressant, c’est que toute jeune Française que vous êtes, vous vous trouvez à en parler avec un jeune Bolivien, 2 jeunes Nords-Coréens et 1 moins jeune, et votre prof Chinois.
Bien sûr de nombreux sujets abordés, j’aurai l’occasion d’y revenir dans d’autres billets, pour aujourd’hui je voulais m’attacher en particulier à l’un deux : le service militaire.

Nous nous sommes en effet posé la question de savoir si dans chacun de nos pays les femmes pouvaient entrer dans l’armée et y occuper des postes de haut niveau au même titre que les hommes. Ce à quoi la réponse était quasiment la même pour tous, à savoir que les femmes pouvaient entrer dans l’armée mais qu’elles étaient beaucoup moins nombreuses que les hommes, et qu’on pouvait trouver des femmes gradées… enfin en théorie du moins.
Mais sont-elles concernées par le service militaire obligatoire ? Là, nous avons laissé nos camarades Nord-Coréens pantois en leur annonçant qu’en France, il n’y avait plus de service militaire obligatoire du tout (on a zappé l’histoire des Journées Citoyennes, je rappelle que nous parlions de tout ça en chinois…), et que c’est une armée professionnelle. Forcément, chez eux la norme serait de 3 ans obligatoires. Puis comme la conversation était tout à fait informelle, c’est notre professeur qui nous a un peu parlé du service militaire en Chine.

Inscription sur le grand parvis de mon université SJTU - campus de Minhang, juste devant le drapeau rouge aux 5 étoiles. “Wo de cuguo” qui signifie littéralement “Ma patrie”, a été traduit en anglais par “We love China”…

Il nous apprendra alors que la conscription pour le service militaire reposait à la fois sur le volontariat et sur un système de réserve. Mais ce qui nous a beaucoup étonnées, c’est le fait que l’Armée de Libération Populaire (l’armée de la RPC) doive refuser beaucoup de volontaires en trop grand nombre !
Il faut dire que, toujours d’après notre prof Bai, enrôlé dans l’ALP, un soldat pourrait toucher en moyenne un salaire de 1000 RMB ce qui est bien plus que ne peuvent espérer les jeunes des campagnes par exemple. Sans compter qu’en quittant l’ALP avant l’âge de la retraite, celle-ci vous trouvera un emploi à rémunération équivalente.

Que faut-il de plus pour expliquer un tel élan à vouloir défendre son pays ? A moins que ce ne soit une attitude naturellement patriotique de la population chinoise, justifiant ainsi la présence dans la Constitution du pays :

“It is a sacred duty of every citizen of the People’s Republic of China to defend his or her motherland and resist invasion. It is an honoured obligation of the citizens of the People’s Republic of China to perform military service and to join the militia forces.”

source : China: CONCODOC 1998 Report

Il faut dire que nous nous étions déjà poser des questions sur le service militaire en Chine quand, à notre arrivée pour la rentrée de septembre dernier, nous voyions nombre de jeunes étudiants en treillis sur le campus. Une étudiante nous avait alors appris qu’il s’agissait d’étudiants qui revenaient de “l’entraînement militaire obligatoire” qui précède la rentrée, mais nous n’en savions pas plus.
Jusqu’à ce que je découvre récemment grâce à un article sur le blog de Sélim, professeur à Nankin, qu’il s’agirait d’ “une mesure gouvernementale établie par Pékin en septembre 1989 pour instaurer le dialogue et l’intercompréhension entre l’armée et les étudiants.” Voilà qui expliquerait donc les rangs ordonnés que vous pourrez y voir en photo.
Cela dit, avec la conversation que nous avons eu avec notre prof Bai, j’ai poussé la curiosité. Et oui septembre 1989, tout le monde a compris, c’est précisément la rentrée universitaire qui a suivi les événements de l’été à Tian’anmen.

En fait il s’avère qu’en septembre 1989, tous les première année des Universités de Pékin et de Fudan à Shanghai ont du subir un entraînement militaire d’un an, au titre d’une rééducation politique après les manifestations pour la démocratie de l’été précédent.
En 1990, cette mesure a été étendue à la plupart des autres universités. Alors, cet entraînement militaire était obligatoire pour ceux voulant entrer dans les meilleures formations universitaires, et l’on va même jusqu’à penser que ceux qui le refusaient étaient renvoyés de leur université. Cette mesure a d’ailleurs été largement critiquée par ces mêmes universités, certains étudiants préférant apparemment intégrer des établissements de niveau de formation inférieur à leur capacités, là où il ne seront pas contraints à subir l’entraînement militaire.
En conséquence, depuis 1993, la durée de cet entraînement obligatoire a été ramenée de 1 an à 1 mois.

source : China: CONCODOC 1998 Report

Sujet qui fut donc plus riche que ce qu’il pouvait promettre au départ. D’autres informations également sur le site de China’s Human Rights[anglais]
Il se pourrait donc que nos cours de chinois deviennent de plus en plus intéressants. Enfin bon pour demain je dois me préparer à parler de comment j’envisage mon avenir professionnel, dur dur de se projeter dans un futur poste dans un secteur technique qu’on a mis en parenthèse pendant un an pour apprendre le chinois à l’autre bout du monde…

Bienvenue à Kitchouilleland !

Vendredi 20 mai 2005

Amis de Winnie l’Ourson, Mickey, Garfield, Hello Kitty et de tous leurs cousins, la Chine est faite pour vous !

A vrai dire j’ignore s’il s’agit d’un phénomène propre à Shanghai et Beijing ou davantage généralisé, mais c’est un fait, la Chine, c’est Kitch :]

Nous en prendrons pour preuve le nombre ahurissant de boutiques entièrement dédiées aux articles de fantaisie. Sur Dongchuan Lu, en l’espace de 500m on peut en compter un minimum de 5. Même le campus possède sa boutique ès kitchouille-attitude (photo ci-contre) !

Et la clientèle visée est loin de se limiter aux plus jeunes. Combien d’étudiantes avec un noeud rose ou un pompon bleu dans les cheveux et les chaussures assorties ou dans la couleur complémentaire ? Même ma prof de chinois porte sa barette, et signe nos devoirs d’un tampon nounours rose “Excellent Work”.
Toutes les générations y passent, il m’arrive en effet de croiser des femmes “d’un certain âge” affublée de leur dernier sac Mickey Mouse. Non, elles ne l’ont pas acheté dans un Disneyland quelconque (d’ailleurs je ne crois pas qu’il y en ait en Chine) : toutes, elles se le sont procurer au magasin Mickey Mouse de la galerie commerçante du Auchan de Minhang, le plus grand magasin de toute la galerie, uniquement dédié à la maroquinerie de la famille Mouse !

S’agit-il d’un désir exacerbé de personnalisation, d’une façon de sortir de la masse pour ces millions de chinois qui évoluaient il n’y a pas si longtemps dans un communisme total et qui trouvent ainsi une façon de se distinguer ?

Tout y passe, le réveil Pucca, les chaussettes chaudes aux couleurs bariolées pour l’hiver… Je vous présente même en bas à gauche mon “Chat qui chauffe”, ma bouillote de cette hiver. Lorsque j’ai voulu acheter une bouillote en février, impossible d’en trouver une sans un effigie sympathique dessus…. Et à côté, le très populaire porte-feuille Hello Kitty, le truc que j’ai osé acheter, parce qu’au début, forcément on trouve ça rigolo, mais à la fin, on s’en lasse, voir même on a honte de le sortir :]

Ah, j’ai failli l’oublier lui aussi :)
Dans la série des incontournables, la merdouille pour téléphone mobile ! Ici, tous les téléphones sont équipés d’une petite anse (comme le montre monsieur ballon de basket en bas à droite de la photo) afin de pouvoir y attacher autant de merdouilles que vous voulez ! Pour certains, il y en a pour plus de volume de merdouille que de téléphone, c’est dire…

D’ailleurs depuis quelques temps je suis en recherche active d’un nouveau porte-feuille. Mais figurez-vous que c’est loin d’être facile de trouver quelque chose de simple, sans couleur criarde, effigie mimi, ou petit mot à la gloire de l’amitié éternelle.

Ici le kitch est partout ! Même les CD-R sont personnalisés avec des pinguins, des dauphins et autres petits animaux.
Quand bien même vous arriveriez à trouver un produit encore vierge de toute pollution par la kitch-attitude, vous pourriez avoir à le ramener dans le sac à fleurs orange et blanc sur lequel Winnie l’Ourson fait mumuse avec tigrou :]

Une Chine retentissante

Mardi 3 mai 2005

S’expatrier dans pays culturellement très éloigné du vôtre, c’est une expérience, ou plutôt des expériences.

Expérience personnelle d’ouverture, de recherche et de découverte,
Expérience humaine d’échanges avec d’autres personnes de tous horizons,
Expérience enfin sensorielle aussi, on en prend plein les yeux, on goûte à tout (ou presque..), on respire les fleurs inconnues et les rues embaumées (je vous dirai pas de quoi…), on manie à pleine main le fruit bizarre ou le serpent vivant pour certains (Marieke si tu me lis ;) ), et enfin, mon point du jour… on en prend plein les oreilles !

Récit d’une journée, d’après mes oreilles…

8h00
Lever. Pour une fois en douceur, personne pour martyriser ma porte, personne à crier sous mes fenêtres… Je n’ai pas eu droit aux petits oiseaux aujourd’hui, ça arrive des fois. Tout est calme, profitons-en pour une fois. Enfin, ça l’a été pour moi. Parce que Marieke, elle ça fait un bail qu’elle est réveillée. 6h45 pour elle aujourd’hui, et oui pas de chance pour Marieke, sa chambre donne tout juste sur le passage qu’utilise le camion du ramassage d’ordures, d’habitude ça dure 5 minutes, aujourd’hui 15, l’attaque fut fatale et le réveil pas terrible…

9h30 - 12h00
Travail journalier du chinois, préparation intensive pré-exam. C’est toujours quand on a besoin d’un peu de calme qu’on est dérangé. Les chinois ont ceci de très caractéristique qu’ils aiment fêter à grand bruit les événements joyeux qui animent leur vie. Aussi chaque anniversaire, mariage, déménagement, emménagement, ouverture de commerce, obtention de diplôme, fête traditionnelle, fête nationale, que sais-je encore augmentation ? départ en vacances ? bref tout est sujet à feux d’artifice de temps en temps, de salve de pétards TOUT - LE - TEMPS ! Je vous laisse donc imaginer (je n’ai pas encore de dictaphone pour enregistrer) ce que ça donne dans mon quartier de Minhang en plein développement économique où dans ma résidence de nouveaux appartements se remplissent encore, où une toute nouvelle résidence de plus de 50 immeubles vient de s’ouvrir juste à côté, où de nouveaux commerces 1- se construisent tous les jours 2- s’ouvrent aussi tous les jours parfois en remplacement des précédents…
Du mal à imaginer encore ? Et bien je pourrais encore vous raconter que pour ce matin, il ne se passait pas une demi-heure sans une de ces fameuses salves. Et oui, quand les chinois sont en vacances, ils en profitent pour remettre à neuf leur commerce, donc forcément quand le boulot est fait, il faut le faire savoir… Ensuite, une salve de pétards, c’est pas 2 ou 3 coups pour rigoler. Non non, c’est de la bonne salve. Typiquement un premier gros coup pour attirer l’attention, quelques secondes d’attente pour le suspens, suivies de 5 bonnes minutes sans s’arrêter, de la salve quoi…

12h15
Déjeuner. Sur le chemin nous ne faisons même plus attention maintenant aux raclages de gorge pré-crachat, là aussi bien sonores. Dans le restaurant où nous nous installons comme dans tous les autres, la télévision est allumée, et toute la salle va en profiter, quel que soit l’intérêt du programme diffusé… Quand nous avons commandé, l’employé lancera à l’autre employé installé dans la rue avec son barbecue “2 brochettes de mouton !”, peut-être n’a-t-il pas crié le nom de nos plats au cuisinier, comme ça arrive en général dans les autres boui-boui de la rue. Durant le repas bien entendu, nos voisins ne se gêneront pas pour aspirer “discrètement” leur nourriture, ambiance conviviale :)

13h00
Métro. Arrivée de la rame à la station de Dongchuan, nous aurons manqué la petite voix annonçant l’arrivée de la rame. Dans la voiture, ayant trouvé une place assise je tente de m’assoupir un peu, malgré les sempiternelles annonces “Nous sommes arrivés à la station X, faites attention aux portes coulissantes, pensez à vos bagages etc…” et “Prochain arrêt station Y” qu’on entend immanquablement à chaque station par les hauts-parleurs situés juste au-dessus des places assises… Enfin depuis septembre dernier j’ai fini par m’y habituée.
Mais là encore, point de répit. Une dame aura eu la bienveillance de faire fonctionner son téléphone portable en radio à 10 cm de mon oreille droite. Ah les chinois et leur téléphone portable, quand c’est pas pour montrer la dernière sonnerie qu’ils ont téléchargée ou pour faire profiter à tout le monde de leur conversation, ils se sentent obligés de mettre l’ambiance…

13h20
Arrivée à Xinzhuang, station d’interconnexion avec la prochaine ligne que nous allons prendre. Cette fois sur le quai, l’arrivée de la rame est d’abord annoncée par la musique émise via les écrans publicitaires/informatifs dont le volume est augmenté pour avertir les voyageurs.

On s’en contenterait bien, mais bien sûr, comme il faut discipliner un peu tous ces gens qui ne font pas bien la queue pour monter dans la rame, plusieurs gardiens vont se charger de mettre tout ça à peu près en ordre à l’aide de porte-voix.

14h00
Arrivée à People Square. La station, déjà très fréquentée en temps normal, est étonnament bondée. Ca siffle de partout, des gardiens à porte-voix à tous les coins de la station, sans omettre la montée de l’escalier en métal par les voyageurs pressés de sortir de là, justement on est bien content une fois dehors. Là bien sûr on retrouve la circulation secouée de klaxons institutionnalisés auxquels on ne fait même plus attention, nous piétons sommes davantage concernés par le bip-bip des passages protégés, que quand il s’arrête, c’est qu’il faut se grouiller de finir de traverser…

Encore qu’à People Square, le bruit automatique finit par se fondre dans le tohu-bohu général… il faut donc faire appel à la force de l’homme en uniforme muni du pouvoir implacable que lui fournit son sifflet, dont il ne manquera bien sûr aucune occasion d’utiliser…

14h00 - 17h00
Courses à People Square et retour à Minhang. Nous aurons tout eu. Les travaux, les hauts-parleurs des grands magasins, les panneaux publicitaires à hauts-parleurs intégrés… et rebelote dans le métro. Arrivée à 17h00 à Minhang… nous sommes complètement claquées.

18h30
Je commence à écrire cet article. Je laisse le son coupé sur mon ordinateur, pas de musique, juste le ronronnement du ventilo de l’ordi pour meubler, tiens pas même un coup de pétard ?

19h45
Pause… Je sors acheter les crêpes que nous mangerons vite fait avant le DVD de ce soir. A peine suis-je sortie, qu’un feu d’artifice retentit 200m plus loin… Ah je me disais bien aussi…

20h15
Article fini, sur ce je vous laisse… mon DVD m’attend, et sur système Dolby je vous prie, au moins ce bruit là, je l’ai choisi ;)

Yao Ming, star du basket américain, travailleur modèle 2005 en Chine

Dimanche 1 mai 2005

C’est une tradition du 1er Mai de la Chine communiste. Tous les cinq ans, un peu moins de 3 000 travailleurs modèles sont désignés à l’échelle nationale pour leur contribution exemplaire à la construction socialiste. Le cru 2005 de ces laodong mofan est révélateur de bien des changements.

The Year of the Yao

Affiche du film dédié à l'aventure de Yao Ming en NBA

(c) The Year of the Yao

Le lauréat est en effet le basketteur Yao Ming, pivot vedette de l’équipe américaine des Houston Rockets, qu’il a rejoints en 2002. Il est le sportif le plus connu et le plus riche de Chine, puisqu’il pèse plusieurs dizaines de millions de dollars américains. “Yao Ming est trop riche, il ne peut pas être lao mo. Un travailleur modèle ne peut pas être riche !” , s’offense un internaute sur le site de sohu.com. “Il y a des pauvres gens qui travaillent toute leur vie et ne gagnent jamais rien, et en plus ne sont jamais travailleurs modèles” , vitupère un autre.

La star a bien sûr autant de défenseurs. Le choix du sportif comme travailleur modèle n’a pas été fait à la légère : “La raison pour laquelle nous l’avons choisi est qu’il montre une image moderne de la Chine tout en étant patriotique dans le domaine des sports internationaux” , a expliqué à l’Agence Chine nouvelle un responsable du syndicat des travailleurs de Shanghai.

Yao Ming reverse par exemple une grande partie de ses revenus à ses autorités sportives de tutelle, commissionnées d’office sur la plupart de ses contrats. Conscient que son expatriation aux Etats-Unis pouvait donner lieu à des critiques, il a pris soin d’être de toutes les bonnes causes, nationales et internationales (Téléthon en faveur du SRAS, spot de promotion de Shanghaï, publicité de prévention du sida, ambassadeur des Jeux olympiques 2008), et peut se targuer pour l’instant d’un parcours sans faute à l’égard du régime.

L’athlète n’est pas le seul à sortir du lot pour l’édition 2005 des travailleurs modèles : une trentaine d’entrepreneurs privés triés sur le volet, et contributeurs zélés à l’impôt, ont pour la première fois fait leur apparition sur la liste. Une évolution en ligne avec les directives du XVIe congrès du Parti communiste en 2002, qui avait réhabilité les entrepreneurs privés et fait d’eux un des piliers de la société chinoise.

Quant à l’apport de la nouvelle équipe au pouvoir, il serait plutôt à voir dans la présence sur la liste des travailleurs modèles d’une vingtaine de mingong, ces 150 millions de migrants qui passent d’une province à l’autre pour vendre leur force de travail aux usines de l’“atelier du monde” . Trop conscient de la nervosité qui gagne les rangs de ces laissés-pour-compte du miracle économique chinois, le parti veille désormais à ne plus les oublier, ne serait-ce que sur le papier.

Brice Pedroletti

LeMonde.fr - 30/04/05
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