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Tiananmen 1989 - 2009, ou l’art d’étouffer les bougies d’anniversaire

Dimanche 7 juin 2009

Le 4 juin dernier marquait le triste 20e anniversaire des événements de Tiananmen. Le monde entier commémore, la Chine quant à elle continue d’étouffer comme toujours. Les sites d’échanges d’information internationaux comme chinois sont bâillonnés. Sans surprise Youtube est toujours bloqué (depuis l’anniversaire du soulèvement au Tibet de l’an passé en fait, doublé cette année du 50e anniversaire de l’insurrection de 1949 de la même région), Twitter est passé dans la liste noire également pour ce 4 juin, et les sites d’échanges chinois auraient également été fermés ou très fortement contrôlés, ce qui rendaient leurs utilisateurs plus confus qu’autre chose car les jeunes chinois savent à peine ce que le 4 juin 2009 peut bien signifier. L’acharnement au contrôle susciterait davantage d’interrogation que l’indifférence, ironique non…?

En tout cas, il est appréciable de pouvoir continuer à lire les articles des journaux français en ligne qui parlent du sujet. Ce matin j’écoutais ce très intéressant reportage, retraçant sous différents angles la perception des événements de l’époque.

En espérant pouvoir continuer à lire mon blog depuis Shanghai dans les jours à venir !

Oui… mais non

Lundi 30 mai 2005

Quand on vit de manière prolongée à l’étranger, pas toujours évident de suivre l’actualité de son pays. Pourtant il est des sujets qu’il est difficile de manquer, mieux vaut même s’y intéresser de près : le dernier en date, tout le monde l’aura compris, concerne le référendum qui vient de se solder sur un NON retentissant.

C’est par la petite fenêtre de mon ordinateur que j’ai pu suivre autant que possible le débat qui animait la France ces derniers temps autour du référendum concernant la ratification de la Constitution Européenne. Comptant que la Chine compte 6 heures de décalage avec Paris, je n’ai naturellement pas attendu les premières estimations (4h du mat chez moi quand même…), et ce matin, peut-être encore plus vite que d’habitude je me suis préciptée sur mon ordi à mon réveil (comment ça un peu geekette sur les bords ?). La journée commença mal…

Loin de vouloir me lancer dans un débat politique qui ne changerait rien, le fait de vivre à l’étranger au milieu d’une population très éloignée de l’Europe pas seulement géographiquement, nous fait réaliser la nécessité de l’existence d’une “force européenne” cohérente, qui aurait pu naître de cette Constitution Européenne.
Déjà pour nous ressortissants de l’Europe, ce n’est pas toujours chose aisée que de faire le clair entre l’espace Shengen, la Zone Euro, l’Europe des 15 qui passe à 25 et bientôt combien ? Alors pour des Chinois…
Nombre de sujets d’envergure internationale émergent aujourd’hui, au sujet desquels la Chine exprime sa voix face aux Etats-Unis, mais peine à entendre celle d’une Europe indécise, qui pourrait pourtant avoir quelque chose d’intéressant à ajouter. Quels rôles peuvent bien jouer seules la France et sa culture, l’Allemagne et ses voitures, tel ou tel autre pays isolé dans ces luttes de géants ?

Ce sont ces questions qui nous font regretter l’issue du référendum d’hier, l’idée que le débat se plaçait au-delà des guéguerres politiques internes à la France, ou des implications socio-économiques engendrées. Certes tout n’est pas fini, une nouvelle Constitution pourra être proposée, mais dans combien de temps ? Impression qu’on vient de manquer le coche, c’est maintenant que les choses bougent, y contribuerons-nous significativement ?

Je me permettais de parler au nom des expatriés en Chine. Force est de constatée que selon qu’on se trouvait en France ou pas, l’opinion était différente. De ce que j’ai pu lire sur le blog de Pierre Haski, en Chine, le OUI l’a emporté à 90% ! Je vous laisse lire sur son billet le détail des résultats et son avis sur la question.

Bien sûr nous en avions discuté auparavant avec nos amis Allemands. Quand nous leur parlions de la fervente opposition menée en France, ils étaient des plus étonnés. Dans leur pays la ratification sera votée par leurs représentants et non par référendum, a priori aucun doute sur l’issue favorable qui devrait en découler. Intéressant de voir les différentes attitudes dans nos 2 pays bâtisseurs de l’Europe.

Ci-dessus une photo que j’avais prise lors du discours de M. Raffarin (alors) Premier Ministre lors de sa venue à Shanghai en avril dernier. L’on y voyait le drapeau français disposé tout près du drapeau européen, beaucoup de choses auront vraissemblablement changé lors de la prochaine intervention française en Chine…

Au service de leur pays

Mercredi 25 mai 2005

Après notre petite semaine de repos post-HSK dûment méritée, nous avons repris le chemin des cours de chinois. Fini de bourriner comme des malades sur les règles de grammaires, les tournures d’écritures et les usages des mots, maintenant nos cours sont davantage axés sur la pratique de la langue orale et sa compréhension et sur la composition. Ainsi mardi dernier pour nos retrouvailles avec prof Bai, le plan du cours était le suivant : nous devions tous préparer pendant quelques minutes de quoi parler devant nos camarades de classe de l’égalité des statuts hommes-femmes dans nos pays d’origine respectifs.

Première réaction à chaud : arf, c’est bateau comme sujet. Naturellement, parler en cours des statuts hommes-femmes dans la société avec des personnes de la même société que vous ne présente pas forcément quelque chose de passionnant. Pour trouver le sujet, notre prof d’ailleurs n’a eu qu’à ouvrir le bouquin de cours pour se débarrasser du problème du sujet. Mais là où ça devient intéressant, c’est que toute jeune Française que vous êtes, vous vous trouvez à en parler avec un jeune Bolivien, 2 jeunes Nords-Coréens et 1 moins jeune, et votre prof Chinois.
Bien sûr de nombreux sujets abordés, j’aurai l’occasion d’y revenir dans d’autres billets, pour aujourd’hui je voulais m’attacher en particulier à l’un deux : le service militaire.

Nous nous sommes en effet posé la question de savoir si dans chacun de nos pays les femmes pouvaient entrer dans l’armée et y occuper des postes de haut niveau au même titre que les hommes. Ce à quoi la réponse était quasiment la même pour tous, à savoir que les femmes pouvaient entrer dans l’armée mais qu’elles étaient beaucoup moins nombreuses que les hommes, et qu’on pouvait trouver des femmes gradées… enfin en théorie du moins.
Mais sont-elles concernées par le service militaire obligatoire ? Là, nous avons laissé nos camarades Nord-Coréens pantois en leur annonçant qu’en France, il n’y avait plus de service militaire obligatoire du tout (on a zappé l’histoire des Journées Citoyennes, je rappelle que nous parlions de tout ça en chinois…), et que c’est une armée professionnelle. Forcément, chez eux la norme serait de 3 ans obligatoires. Puis comme la conversation était tout à fait informelle, c’est notre professeur qui nous a un peu parlé du service militaire en Chine.

Inscription sur le grand parvis de mon université SJTU - campus de Minhang, juste devant le drapeau rouge aux 5 étoiles. “Wo de cuguo” qui signifie littéralement “Ma patrie”, a été traduit en anglais par “We love China”…

Il nous apprendra alors que la conscription pour le service militaire reposait à la fois sur le volontariat et sur un système de réserve. Mais ce qui nous a beaucoup étonnées, c’est le fait que l’Armée de Libération Populaire (l’armée de la RPC) doive refuser beaucoup de volontaires en trop grand nombre !
Il faut dire que, toujours d’après notre prof Bai, enrôlé dans l’ALP, un soldat pourrait toucher en moyenne un salaire de 1000 RMB ce qui est bien plus que ne peuvent espérer les jeunes des campagnes par exemple. Sans compter qu’en quittant l’ALP avant l’âge de la retraite, celle-ci vous trouvera un emploi à rémunération équivalente.

Que faut-il de plus pour expliquer un tel élan à vouloir défendre son pays ? A moins que ce ne soit une attitude naturellement patriotique de la population chinoise, justifiant ainsi la présence dans la Constitution du pays :

“It is a sacred duty of every citizen of the People’s Republic of China to defend his or her motherland and resist invasion. It is an honoured obligation of the citizens of the People’s Republic of China to perform military service and to join the militia forces.”

source : China: CONCODOC 1998 Report

Il faut dire que nous nous étions déjà poser des questions sur le service militaire en Chine quand, à notre arrivée pour la rentrée de septembre dernier, nous voyions nombre de jeunes étudiants en treillis sur le campus. Une étudiante nous avait alors appris qu’il s’agissait d’étudiants qui revenaient de “l’entraînement militaire obligatoire” qui précède la rentrée, mais nous n’en savions pas plus.
Jusqu’à ce que je découvre récemment grâce à un article sur le blog de Sélim, professeur à Nankin, qu’il s’agirait d’ “une mesure gouvernementale établie par Pékin en septembre 1989 pour instaurer le dialogue et l’intercompréhension entre l’armée et les étudiants.” Voilà qui expliquerait donc les rangs ordonnés que vous pourrez y voir en photo.
Cela dit, avec la conversation que nous avons eu avec notre prof Bai, j’ai poussé la curiosité. Et oui septembre 1989, tout le monde a compris, c’est précisément la rentrée universitaire qui a suivi les événements de l’été à Tian’anmen.

En fait il s’avère qu’en septembre 1989, tous les première année des Universités de Pékin et de Fudan à Shanghai ont du subir un entraînement militaire d’un an, au titre d’une rééducation politique après les manifestations pour la démocratie de l’été précédent.
En 1990, cette mesure a été étendue à la plupart des autres universités. Alors, cet entraînement militaire était obligatoire pour ceux voulant entrer dans les meilleures formations universitaires, et l’on va même jusqu’à penser que ceux qui le refusaient étaient renvoyés de leur université. Cette mesure a d’ailleurs été largement critiquée par ces mêmes universités, certains étudiants préférant apparemment intégrer des établissements de niveau de formation inférieur à leur capacités, là où il ne seront pas contraints à subir l’entraînement militaire.
En conséquence, depuis 1993, la durée de cet entraînement obligatoire a été ramenée de 1 an à 1 mois.

source : China: CONCODOC 1998 Report

Sujet qui fut donc plus riche que ce qu’il pouvait promettre au départ. D’autres informations également sur le site de China’s Human Rights[anglais]
Il se pourrait donc que nos cours de chinois deviennent de plus en plus intéressants. Enfin bon pour demain je dois me préparer à parler de comment j’envisage mon avenir professionnel, dur dur de se projeter dans un futur poste dans un secteur technique qu’on a mis en parenthèse pendant un an pour apprendre le chinois à l’autre bout du monde…

M. Raffarin est passé par ici, il repassera par là

Dimanche 24 avril 2005

Hier samedi 23 avril, Monsieur Raffarin, Premier Ministre français est-il besoin de le rappeler…, faisait à Shanghai l’honneur de sa présence. Pour ne pas le rendre jaloux de Monsieur Chirac notre Président de la République, nous lui avons donc nous-mêmes fait l’honneur de la nôtre ;)

Année de la France en Chine oblige, et surtout essor économique chinois qui fait des intéressés…, les hommes politiques français se pressent en Chine et notamment à Shanghai.
Déjà le 11 octobre dernier, Marieke et moi avions été invitées en tant qu’étudiantes du PariTech en échange à Shanghai à l’intervention de M. Chirac à l’université de Tongji (qui soit dit en passant se trouvait à l’autre bout de Shanghai, 2h30 de trajet en métro pour y aller, idem pour en revenir), discours qui inaugurait l’année de la France en Chine, et que nous avions trouvé assez intéressant, d’autant plus qu’on était au 2ème rang, même si ça nous avait servi à rien vu qu’on ne pouvait pas prendre de photo…

Du coup, quand en avril, c’est M. Raffarin qui arrive à Shanghai, forcément nous sommes également conviées à son intervention, le Premier Ministre souhaitant rencontrer des étudiants français. Cette fois c’est le Consulat de France qui nous contacte par mail, tiens d’ailleurs, assez étrange… je n’ai pas encore eu l’occasion d’aller m’y enregistrer… ce sont les mystères des réseaux d’expats…
Bien sûr nous confirmons notre présence, nous n’allions quand même pas lui faire l’affront de ne pas venir :), et nous apprenons alors que nous serons également les bienvenues à la réception donnée dans un des salons de la Perl Tower, +1 pour M. Raffarin :)

Ainsi donc, hier matin, nous voici Marieke, Maxime (un autre français à Minhang) et moi en  route vers… l’université de Shanghai, dont je n’avais jamais entendu parler auparavant, et qui présente la même particularité que sa cousine Tongji, elle aussi se trouve dans un autre bout de Shanghai… bonheur… A quand les interventions des politiques français à Jiaotong Minhang ??

Nous devons y être avant 8h30, trop chaud pour y aller en métro, on opte pour l’option taxi, réservation sur la fil (n’est-ce pas Maxime ;) ) et hop, en 45 minutes nous y étions, soit … 1 heure avant…

Tant mieux, ça laissera le temps au chauffeur de montrer à Maxime comment nouer sa cravate :) … à moi de retrouver mon passeport dans ma poche de manteau, et à chacun de prendre la pose, une fois le stress passé, devant le panneau indiquant la venue du Premier Ministre… c’est bon, nous pouvons prendre notre temps pour découvrir l’Université de Shanghai, qui s’était elle aussi faite toute belle pour l’occasion…

Bien sûr nous avons trouvé la salle de conférence, mais comme la vie est tellement plus intéressante quand elle est compliquée, et bien on nous a gentiment demandé de retourner à l’entrée (que ça faisait 20 minutes qu’on marchait) parce que c’est là-bas qu’étaient nos billets d’entrée… hum, donc nous y retournons, -ah tiens, ils ont mis les jets d’eau maintenant- et montons dans le bus des étudiants français dans lequel nous patientons, jusqu’à l’arrivée des premières voitures qui ont l’air importantes.

Nous sommes ramenés à la salle de conférence, dans laquelle on nous fait asseoir au dernier rang (-1 pour M. Raffarin) et où on nous explique qu’au signal subtil, il nous faudra sortir les premiers pour nous poster derrière la porte par laquelle sortira le Premier Ministre, afin de pouvoir “l’interpeller en espérant qu’on ait des choses à lui raconter”… mouai, rencontrer les étudiants français hein…

Le discours ne commença bien évidemment pas à 9h comme indiqué sur les billets, mais à 9h45, c’est bien connu, les Français aiment se faire désirer…
Enfin bon, le discours, très orienté sur les relations sino-européennes plus que sino-françaises d’ailleurs et finalement assez plat, eu lieu. Nous avons attendu M. Raffarin derrière la porte comme il fallait, mais seul Maxime, ayant malicieusement glissé qu’il venait de la Rochelle, a eu l’occasion de lui serrer la main. Marieke et moi nous sommes contentées de voir des morceaux de Premier Ministre, qui était accaparé par un groupe d’autres étudiants à Shanghai depuis 10 jours…. dire que nous ça fait 8 mois, il ne sait pas ce qu’il a loupé ;)

Voilà qui illustre assez bien ce que j’ai pu voir du Premier Ministre ce samedi ;)
Un morceau de tête, des gens devant, des gens derrière… On le voit pas sur la photo, mais on se fait aussi bousculer par les photographes chinois surexcités.
(Merci Maxime pour la photo !)

Et en voici une autre, d’illustration de comment on voit M. Raffarin quand il fait un discours. Celui-ci c’était donc pour la réception du soir à la Perl Tower, bon pas dans la grosse boule du milieu, mais c’est quand même la classe, non ? ;)

Cette fois-ci donc, après retour en taxi vers Minhang, puis reprise de taxi à 17h pour être à la Perl Tower avant 18h30 (que de kilomètres parcourus en cette journée…), le discours ne s’adressait plus aux étudiants chinois pour leurs échanges avec l’Europe, mais bien aux Français qui devaient faire profiter à la France de l’opportunité chinoise, non plus pour un partenariat politique, mais bien sûr pour les échanges économiques (d’Airbus en particulier…). Une pensée pour l’Europe quand même : M. Raffarin nous rappellera notre devoir civique du 29 mai prochain.

Le Premier Ministre finira par un tour de la salle afin de serrer quelques poignées de main, nous n’aurons malheureusement pas eu “l’occasion de poursuivre la discussion [pas] engagée le matin même”, mais bon, nous nous sommes consolées avec le buffet énorme qui attendait.
Enfin moi j’ai pas pu manger grand chose… j’avais l’estomac noué, peut-être pas à l’aise dans ce genre de réception, où je me suis rendue compte que finalement je ne connaissais pas grand monde à qui faire des sourires forcés ou à qui m’intéresser en regardant ailleurs.

Petite anecdote quand même, Marieke et moi avons été reconnues par des personnes qui avaient visité nos blogs. On aurait pu s’y attendre, mais bon, on a quand même trouver ça énorme !

Finalement, nous voici contentes d’être sorties. La Perl Tower de nuit, nous l’avions déjà maintes fois prise en photo, mais on a pas pu résister encore une fois, d’autant plus que pour l’occasion, les couleurs avaient été soigneusement choisies ;) Et puis la Jinmao Tower aussi aura droit à sa photo sous le clair de lune. Finalement elles valent plus le coup d’être prises en photo elles…

A noter quand même : Alors que nous quittions la Perl Tower pour nous mettre en quête de notre taxi de retour, nous avons pu passer devant l’exposition de photographies de la Tour Eiffel jour après jour juste avant qu’elle ne soit démontée. M. Raffarin en avait brièvement parlé en effet dans son discours

J’ai trouvé celle-ci intéressante pour représenter la journée.
Suivant ce que l’homme crache, le sujet apparaît différemment. Mais pour ce que le feu brille, sur la photo certes il est éternel, mais dans la bouche de l’homme il est éphémère… Vous avez vu le feu ou  la Tour Eiffel en premier ?

Au final, beaucoup d’attente, de taxis, de français, de francophones, de francophiles ? M. Chirac vainqueur pour le discours, M Raffarin l’emporte sur les activités :)
La communauté française, dont malgré tout je fais partie finalement, s’est congratulée comme il le fallait, profitons-en, l’année de la France en Chine, ça se finit bientôt…

Pour l’heure, la Tour Eiffel est rangée comme le Premier Ministre est rentré en France…

… et moi je rentre me coucher à Shanghai Minhang : les VIP sont passés, les étudiants français à Shanghai vont rester… et comptent bien en profiter :)

Pékin propose de réparer les dégâts à l’ambassade du Japon

Mardi 19 avril 2005

PEKIN (Reuters) - La Chine propose de réparer les dégâts causés à l’ambassade du Japon à Pékin lors de manifestations antijaponaises, mais maintient la pression sur Tokyo en voulant que l’Unesco classe au patrimoine mondial un site, en territoire chinois, où les Japonais mirent au point des armes biologiques et réalisèrent des expériences sur des êtres humains.

La Chine a connu trois semaines de violentes manifestations antijaponaises, nombre de participants aux rassemblements clamant leur colère contre un manuel d’histoire japonais qui nie les atrocités commises par l’armée impériale dans les années 1930/40.

Les autorités chinoises s’opposent d’autre part catégoriquement à ce que Tokyo obtienne un siège de membre permanent - et un droit de veto - au Conseil de sécurité.

En Corée du Sud, premier pays où des tensions sont apparues en raison des manuels d’histoire nippons, le ministère des Affaires étrangères s’est dit préoccupé par la détérioration des relations entre Pékin et Tokyo. Le 1er mars dernier, le président sud-coréen, Roh Moo-hyun, avait estimé que le Japon se devait de présenter de sincères excuses pour son passé colonial. L’irritation de Séoul envers Tokyo était alors exacerbée par un contentieux bilatéral sur des îles désertes revendiquées par les deux pays.
Le secrétaire général des Nations unies, Kofi Annan, a pesé de son poids lui aussi, encourageant les dirigeants chinois et japonais à se rencontrer en marge d’un sommet international qui s’ouvre jeudi à Djakarta, et à tenter alors de résoudre de manière apaisée les tensions bilatérales.

Une vingtaine de fenêtres de l’ambassade du Japon en Chine ont été brisées le 9 avril par des manifestants, a dit mardi un porte-parole de l’ambassade du Japon qui a ajouté qu’une entreprise sous la responsabilité du ministère chinois des Affaires étrangères avait proposé de prendre en charge les réparations. Pékin n’a pas réagi à ces propos.

La résidence de l’ambassadeur du Japon, à quelques kilomètres de là, a elle aussi été la cible de manifestants, et des vitres et du “matériel de communication” ont été brisés.

Samedi dernier, des manifestants s’en sont pris au consulat du Japon à Shanghai, brisant des vitres et jetant des oeufs, des tomates et de la peinture.

DEMANDE DE LA CHINE A L’UNESCO

Un porte-parole de l’ambassade du Japon a déclaré que Tokyo attendait une réponse de la Chine à sa demande de dédommagement pour les dégâts subis par ses missions.

Tokyo attend en outre de Pékin des excuses officielles pour les violentes manifestations, ce qu’ont exclu les Chinois lors de la visite à Pékin, dimanche et lundi, du ministre japonais des Affaires étrangères, Nobutaka Machimura.

Au Japon, la police dit avoir recensé 25 cas de harcèlement ayant visé les intérêts chinois depuis le début des manifestations en Chine. Une école de langue chinoise à Tokyo et la résidence de l’ambassadeur de Chine dans la capitale nippone ont subi de légers dégâts.

“Si les Chinois recourent à la violence, les Japonais ne doivent pas suivre leur exemple”, a déclaré lors d’une conférence de presse le ministre japonais de l’Education, Nariaki Nakayama.

D’autre part, initiative qui risque de jeter de l’huile sur le feu, la Chine va demander à l’Unesco de classer au patrimoine mondial de l’humanité les vestiges d’un centre appelé “Unité 731″, utilisé par les Japonais pendant la Seconde Guerre mondiale pour mettre au point des armes biologiques, rapporte mardi l’agence de presse Chine nouvelle.

Située au sud de Harbin, capitale de la province du Heilongjiang dans le nord-est de la Chine, les laboratoires, prisons et fours crématoires de l’”Unité 731″ servaient à des expériences sur les humains destinées à la mise au point d’armes biologiques à base de peste bubonique, de typhoïde, d’anthrax et de choléra.

Au moins 3.000 personnes, dont des civils chinois, des Russes, des Mongols et des Coréens ont péri dans des expériences menées par les Japonais dans ce centre, de 1939 à 1945, écrit Chine nouvelle. En dehors de ce site, plus de 200.000 Chinois ont été tués par les armes biologiques produites par l’Unité 731, ajoute l’agence.

Par ailleurs, un groupe de députés japonais compte se rendre au sanctuaire shintoïste de Yasukuni, considéré par la Chine comme le symbole du militarisme passé de l’Empire du Soleil levant. Ce groupe doit aller s’incliner vendredi sur les tombes du sanctuaire, lors des fêtes du printemps. Un certain nombre de criminels de guerre japonais de la période de la Seconde Guerre mondiale sont inhumés dans ce sanctuaire, où s’est rendu plusieurs fois l’actuel Premier ministre japonais, Junichiro Koizumi, ce qui a, à chaque reprise, provoqué l’ire de Pékin et de Séoul.

Reuteurs - 19/04/05 - 10h57
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