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Expo photo : Paysans de l’eau

Vendredi 3 juin 2005

Dans le cadre de l’année de la France en Chine, je vous fais part ici du lancement aujourd’hui même d’une exposition photographique organisée par des amis rencontrés à Shanghai : Paysans de l’eau.

Soigneusement sélectionnées et présentées par Christine Cornet et François Verdier, ces photographies de Joseph de Reviers de Mauny retracent la vie des paysans chinois au fil de l’eau.

L’exposition se déroulera en 3 temps dans 3 villes différentes, Shanghai, Suzhou puis Beijing. Alors n’hésitez pas à aller découvrir ce témoignage oublié puis retrouvé, et qui à présent vous est offert dès aujourd’hui !
(voir les dates et lieux ci-dessous)

Shanghai
du 03/06/05 au 17/06/05

Shanghai Municipal Archives
No. 9 East Zhongshan 2 Road
(près de East Jingling Road)

Suzhou
du 25/06/05 au 14/07/05

Suzhou Museum
No. 204 Dongbei Street

Beijing
du 03/09/05 au 20/09/05

Beijing Central Academy of Fine Arts Gallery
No.3 Shuaifuyuan hutong Wangfujing

Une Chine retentissante

Mardi 3 mai 2005

S’expatrier dans pays culturellement très éloigné du vôtre, c’est une expérience, ou plutôt des expériences.

Expérience personnelle d’ouverture, de recherche et de découverte,
Expérience humaine d’échanges avec d’autres personnes de tous horizons,
Expérience enfin sensorielle aussi, on en prend plein les yeux, on goûte à tout (ou presque..), on respire les fleurs inconnues et les rues embaumées (je vous dirai pas de quoi…), on manie à pleine main le fruit bizarre ou le serpent vivant pour certains (Marieke si tu me lis ;) ), et enfin, mon point du jour… on en prend plein les oreilles !

Récit d’une journée, d’après mes oreilles…

8h00
Lever. Pour une fois en douceur, personne pour martyriser ma porte, personne à crier sous mes fenêtres… Je n’ai pas eu droit aux petits oiseaux aujourd’hui, ça arrive des fois. Tout est calme, profitons-en pour une fois. Enfin, ça l’a été pour moi. Parce que Marieke, elle ça fait un bail qu’elle est réveillée. 6h45 pour elle aujourd’hui, et oui pas de chance pour Marieke, sa chambre donne tout juste sur le passage qu’utilise le camion du ramassage d’ordures, d’habitude ça dure 5 minutes, aujourd’hui 15, l’attaque fut fatale et le réveil pas terrible…

9h30 - 12h00
Travail journalier du chinois, préparation intensive pré-exam. C’est toujours quand on a besoin d’un peu de calme qu’on est dérangé. Les chinois ont ceci de très caractéristique qu’ils aiment fêter à grand bruit les événements joyeux qui animent leur vie. Aussi chaque anniversaire, mariage, déménagement, emménagement, ouverture de commerce, obtention de diplôme, fête traditionnelle, fête nationale, que sais-je encore augmentation ? départ en vacances ? bref tout est sujet à feux d’artifice de temps en temps, de salve de pétards TOUT - LE - TEMPS ! Je vous laisse donc imaginer (je n’ai pas encore de dictaphone pour enregistrer) ce que ça donne dans mon quartier de Minhang en plein développement économique où dans ma résidence de nouveaux appartements se remplissent encore, où une toute nouvelle résidence de plus de 50 immeubles vient de s’ouvrir juste à côté, où de nouveaux commerces 1- se construisent tous les jours 2- s’ouvrent aussi tous les jours parfois en remplacement des précédents…
Du mal à imaginer encore ? Et bien je pourrais encore vous raconter que pour ce matin, il ne se passait pas une demi-heure sans une de ces fameuses salves. Et oui, quand les chinois sont en vacances, ils en profitent pour remettre à neuf leur commerce, donc forcément quand le boulot est fait, il faut le faire savoir… Ensuite, une salve de pétards, c’est pas 2 ou 3 coups pour rigoler. Non non, c’est de la bonne salve. Typiquement un premier gros coup pour attirer l’attention, quelques secondes d’attente pour le suspens, suivies de 5 bonnes minutes sans s’arrêter, de la salve quoi…

12h15
Déjeuner. Sur le chemin nous ne faisons même plus attention maintenant aux raclages de gorge pré-crachat, là aussi bien sonores. Dans le restaurant où nous nous installons comme dans tous les autres, la télévision est allumée, et toute la salle va en profiter, quel que soit l’intérêt du programme diffusé… Quand nous avons commandé, l’employé lancera à l’autre employé installé dans la rue avec son barbecue “2 brochettes de mouton !”, peut-être n’a-t-il pas crié le nom de nos plats au cuisinier, comme ça arrive en général dans les autres boui-boui de la rue. Durant le repas bien entendu, nos voisins ne se gêneront pas pour aspirer “discrètement” leur nourriture, ambiance conviviale :)

13h00
Métro. Arrivée de la rame à la station de Dongchuan, nous aurons manqué la petite voix annonçant l’arrivée de la rame. Dans la voiture, ayant trouvé une place assise je tente de m’assoupir un peu, malgré les sempiternelles annonces “Nous sommes arrivés à la station X, faites attention aux portes coulissantes, pensez à vos bagages etc…” et “Prochain arrêt station Y” qu’on entend immanquablement à chaque station par les hauts-parleurs situés juste au-dessus des places assises… Enfin depuis septembre dernier j’ai fini par m’y habituée.
Mais là encore, point de répit. Une dame aura eu la bienveillance de faire fonctionner son téléphone portable en radio à 10 cm de mon oreille droite. Ah les chinois et leur téléphone portable, quand c’est pas pour montrer la dernière sonnerie qu’ils ont téléchargée ou pour faire profiter à tout le monde de leur conversation, ils se sentent obligés de mettre l’ambiance…

13h20
Arrivée à Xinzhuang, station d’interconnexion avec la prochaine ligne que nous allons prendre. Cette fois sur le quai, l’arrivée de la rame est d’abord annoncée par la musique émise via les écrans publicitaires/informatifs dont le volume est augmenté pour avertir les voyageurs.

On s’en contenterait bien, mais bien sûr, comme il faut discipliner un peu tous ces gens qui ne font pas bien la queue pour monter dans la rame, plusieurs gardiens vont se charger de mettre tout ça à peu près en ordre à l’aide de porte-voix.

14h00
Arrivée à People Square. La station, déjà très fréquentée en temps normal, est étonnament bondée. Ca siffle de partout, des gardiens à porte-voix à tous les coins de la station, sans omettre la montée de l’escalier en métal par les voyageurs pressés de sortir de là, justement on est bien content une fois dehors. Là bien sûr on retrouve la circulation secouée de klaxons institutionnalisés auxquels on ne fait même plus attention, nous piétons sommes davantage concernés par le bip-bip des passages protégés, que quand il s’arrête, c’est qu’il faut se grouiller de finir de traverser…

Encore qu’à People Square, le bruit automatique finit par se fondre dans le tohu-bohu général… il faut donc faire appel à la force de l’homme en uniforme muni du pouvoir implacable que lui fournit son sifflet, dont il ne manquera bien sûr aucune occasion d’utiliser…

14h00 - 17h00
Courses à People Square et retour à Minhang. Nous aurons tout eu. Les travaux, les hauts-parleurs des grands magasins, les panneaux publicitaires à hauts-parleurs intégrés… et rebelote dans le métro. Arrivée à 17h00 à Minhang… nous sommes complètement claquées.

18h30
Je commence à écrire cet article. Je laisse le son coupé sur mon ordinateur, pas de musique, juste le ronronnement du ventilo de l’ordi pour meubler, tiens pas même un coup de pétard ?

19h45
Pause… Je sors acheter les crêpes que nous mangerons vite fait avant le DVD de ce soir. A peine suis-je sortie, qu’un feu d’artifice retentit 200m plus loin… Ah je me disais bien aussi…

20h15
Article fini, sur ce je vous laisse… mon DVD m’attend, et sur système Dolby je vous prie, au moins ce bruit là, je l’ai choisi ;)

La Fête des Lanternes

Lundi 14 mars 2005

Le dernier jour de la quinzaine de la Fête du Printemps, la Chine brille pour la Fête des Lanternes.

Ainsi le 23 février dernier, c’était la Fête des Lanternes.

Mais déjà quelques jours avant ça, la vieille ville de Shanghai avait été recouverte de mille et une lanternes, et, dès la tombée de la nuit, des tableaux de lumières pouvaient vous surprendre aux coins de ses petites rues piétonnes.

Un véritable enchantement…
Sauf pour une des installations lumineuses : une projection 3D animée d’un grand bonhomme qui braillait en boucle un truc incompréhensible…

Mais pourquoi cette Fête des Lanternes ?
D’après mes recherches, il s’agirait d’une coutume imposée par un empereur de la dynastie des Han (aux environs de -200 av JC) qui, ayant appris que les moines bouddhistes allumait traditionnellement des lampes pour saluer les génies le 15ème jour de chaque 1er mois lunaire, ordonna d’allumer le même jour des lanternes dans le palais impérial et les temple en signe de respect aux génies.
Voilà pour la petite histoire.

(c) S. Monthéard

Qu’en est-il aujourd’hui ? Une amie chinoise m’avait dit que je ne devais surtout pas manquer cette soirée dans les rues de Shanghai car je pourrai y voir les enfants trainer derrière des lanternes roulantes.
Nous avions donc monté une fine équipée, et voulant éviter la foule annoncée dans le jardin Yu de la vieille ville qui était spécialement décoré pour la cause, nous avons pensé aller sur les bords du Bund là où la grande jetée ne manquerait pas de voir pulluler les fameuses lanternes roulantes… manqué :(

Par contre, nous avons eu droit à un magnifique feu d’artifice tiré depuis les bateaux qui flottaient sur le Huangpu, et nous nous en sommes bien contentés.

Nous n’aurons même pas vu de vendeur des fameux “tangyuan”, ces boules de riz glutineux dont nos camarades de classe Nord-Coréens nous avaient vanté les mérites dans la matinée.

Bah nous ferons mieux l’an prochain :)

Le nouvel an chinois… en Chine

Samedi 12 mars 2005

Tout comme Noël dans nos terres occidentales, la Fête du Printemps (connue sous nos latitudes comme le nouvel an chinois) est la fête la plus importante de l’année.

Avant d’arriver à Shanghai, j’ai vécu 2 ans à Paris dans le 13ème arrondissement, à 500m du quartier chinois. J’avais alors pu découvrir les célèbres défilés et danses de dragons comme on les connaît de par le monde à l’occasion du nouvel an chinois.

Mais une Fête du Printemps en Chine n’a rien à voir avec ce qu’on peut en voir dans les Chinatown des métropoles. Ici j’ai pu sentir une réelle ferveur autour de l’événement, peut-être tout simplement parce que cette fois-ci j’étais au coeur des festivités, et non pas à côté.

La Fête du Printemps dure 15 jours, du 09 février au 23 février pour cette année (oui je sais il est temps de l’écrire cet article :] ), et déjà bien avant février on pouvait ressentir l’importance de la fête en préparation.

Impossible de se frayer un chemin dans les allées d’Auchan, les portes de mes voisins et des magasins se parent des traditionnelles devises  de bons voeux calligraphiées sur papier rouge, ou encore d’un losange rouge et doré avec en son centre le caractère “fu” synonyme de bonheur et d’abondance : j’ai d’ailleurs remarqué que très souvent le caractère était placé à l’envers, et, parce que quand même les chinois savent écrire à l’endroit, je me demandais quelle en était la raison… j’ai donc cherché un peu et appris que cela sert à matérialiser l’arrivée de la bonne fortune (homonymie entre “renversé” et “arrivé” !)

caractère fu à l'envers

Autre signe avant-coureur de l’approche imminente de nouvel an, les rues de Minhang sont désertes, Dongchuan lu, d’habitude si chargée de vie, est une rue fantôme où les restaurants ferment les uns après les autres, la seule activité remarquable étant les gros travaux entrepris ici et là pour ouvrir une nouvelle boulangerie “Christine” ou simplement rafraîchir le restaurant.

En effet l’ensemble de la population de Minhang semblait s’être donné rendez-vous au guichet de Humin lu pour y acheter des billets de train. Car c’est impératif, la veille du nouvel an, les chinois doivent se retrouver en famille autour d’un repas gargantuesque jusqu’au bout de la nuit. Il leur faut donc traverser le pays et cette période est ainsi synonyme de trafic intense qui m’a valu de patienter quelques heures quand j’ai voulu, juste à ce moment là préparer mon voyage à Pékin.


Réveillon du Nouvel an à Shanghai

Juste avant le début de la Fête du Printemps, j’étais encore à Shanghai, et avec Sandrine nous avons pu décrouvrir quelques unes des coutumes du nouvel an.

Le 7, nous sommes allées visiter le temple de Longhua (article à paraître… un jour…) et sur le chemin, nous avons activement participer à une coutume chinoise du nouvel an : lancer nos voeux pour la nouvelle année dans un “arbre à voeux du nouvel an” (nom de ma composition), et surtout faire en sorte qu’ils y restent accrocher :] car dans le cas contraire, vos voeux ne se réalisent pas !

Nous avons donc acheté un “lot voeux du nouvel an à accrocher dans l’arbre” (bis) pour 15 yuans, qui comportait 4 morceaux de “tissus à voeux du nouvel an” (ter) joliement peints et ornés de différents petits objets et une pochette rouge et dorée, dans laquelle nous devions mettre les “tissus à voeux du nouvel an” avant de la lancer dans l’arbre.

Auparavant Sandrine et moi nous sommes appliquées à écrire nos voeux sur 2 des morceaux (nous avons secrètement gardé les 2 autres en souvenirs ;) ), immersion  totale dans la culture chinoise oblige, j’y ai écrit en chinois.

Le centre ville aussi avait revêtu ses habits de lumière. Lors d’une balade sur la rue Nanjing Lu, nous avons pu soupeser les énormes décorations rouges qu’on s’apprêtait à accrocher tout au long de la rue.

Un passage par le quartier de Xujiahui : impossible d’oublier qu’on s’apprête à quitter l’année du singe pour passer dans l’année du coq tant le volatile est décliné sous toutes les formes dans ce quartier commerçant.

Partout ces gros ballons rouges aussi qui flottent dans le ciel, et nos oreilles non pas non plus été épargnées par le bruit incessant des pétards.

Je croyais savoir que ceux-ci avaient été interdits à Shanghai, tout comme les feux d’artifice, jugés trop dangereux. Peut-être l’interdiction ne concernait-elle que le centre ville, a-t-elle été levée, ou bien peut-on l’enfreindre sans trop de complications… ?  Toujours est-il que nous avons bien vu les pétards et feux d’artifice, en particulier le 8, soirée du réveillon ou il veut mieux ne pas trop compter dormir tôt : vos voisins se rappelleront à votre bon souvenir… :]

Le réveillon du nouvel an chinois est censé se passer autour d’un bon repas en famille ? Et bien c’est ce que j’ai fait, j’ai passé la soirée avec Sandrine ;) et nous avons pu les voir ces fameux feux d’artifice qui réveillaient tout Minhang à la nuit tombée.

Festivités à Pékin

(c) S.Monthéard

Nous y étions enfin dans l’année du coq. Et le lendemain, nous mettions le cap sur Pékin en espérant y voir d’autres coutumes pour les prochains jours de festivités.

Et nous avons été déçues dans l’ensemble. Pas de danse de dragons à l’horizon durant tout notre périple. En fait j’ai appris depuis que ces danses avaient lieu sur quelques jours particuliers de la quinzaine, et peut-être se déroulent-elles davantages dans les quartiers plus qu’aux abords des lieux touristiques.

Nous ne serons pas tout à fait bredouilles, à l’arrivée au Parc de Beihai, nous avons pu voir un groupe de danseurs accompagnés de tambours, toujours aussi coloré.

Par contre, à Pékin nous avons découvert un autre événement lié au festivités du nouvel an : le premier dimanche qui a suivi le nouvel an, nous étions au beau milieu d’une véritable fête foraine dans un des temples de la ville.

Alors que nous cherchions en fait le Temple des Lamas, nous avons été attirées par l’animation qui régnait près d’un lieu aux allures de temple.

Nous avions déjà remarqué les personnes déambulant dans la rue arborant fièrement des sortes de poupées-épouvantails ou encore d’autres parures étranges, et ceux-ci étaient encore plus nombreux.

Passée l’entrée, c’était une foule dense qui s’agitait de toute part. On entendait des chants de type karaoké venir de derrières les murailles et guidées par eux nous sommes tombées sur une véritable fête foraine, avec jeux et gros lots (des peluches plus énormes les unes que les autres) à la clé.

Puis nous avons continué notre petit tour, plus ou moins aux aléas des mouvements de foule, pour y trouver des allées de stands proposant les jouets kitchs qu’on pourrait trouver chez nous dans les tombolas de quartier, et à 12h oblige, une nuée noire attroupée devant les stands de nourriture bruyants, fumants et odorants.

C’était pas les danses de dragon, mais c’était décoiffant et épuisant ;)

Nous ne verrons rien de plus à Pékin, pour retrouver l’ambiance des fêtes il nous faudra attendre de revenir à Shanghai, fin prête pour le dernier jour de la Fête du Printemps : la Fête des Lanternes !

What a wonderful women’s day

Mardi 8 mars 2005

Aujourd’hui 8 mars 2005, c’est la 95ème journée internationale de la femme, et qui dit internationale dit en Chine aussi…

La Fête de la Femme est une des fêtes internationales célébrées en Chine comme ailleurs dans le monde. En tant que représentante de la gent féminine, j’ai donc pu expérimenter ce jour particulier.

En fait pour moi, tout a commencé non pas le 8 mais le 7 mars, avec une invitation à un concert au Shanghai Concert Hall je vous prie, à l’occasion justement de la journée de la femme…

Cette invitation, je n’étais pas la seule à en bénéficier. Marieke, moi et tout un mini-bus de jeunes (et moins jeunes) femmes étudiant ou enseignant à SJTU avons été conviées à ce concert.

Nous voilà donc rendues hier soir sur People Square, nous… et un certain nombre d’officiels, chinois et non-chinois.

Nous avons droit à notre programme en chinois et en anglais, annonçant 2 parties pour ce soir : la première consacrée à la culture chinoise entre Opéra de Pékin, quintet d’instruments à cordes traditionnels comme le violon chinois et le pipa, et chansons plus “folk” ; la seconde sous le signe de la culture occidentale avec un florilège de morceaux classiques de Puccini, Strauss et autres Verdi sans oublier les petits français Bizet pour Carmen et Massenet pour Manon.

Si la salle de concert nous a quelque peu déçues par le kitch, si habituel dans les rues, inattendu ici (ce sont bien des colombes qu’on distingue au fond, de part et d’autre de l’énorme disque jaune marqué d’inscriptions rouges annonçant l’événement…), nous avons été bluffées par les soprano chinoises faisant résonner la salle de leurs voix prenantes et graves sur des paroles en allemand.

2 heures de concert classique, voilà qui place la journée qui va suivre sous de bons augures…

Ce matin 8 mars, en fait la journée commence mal. Mon vélo, pour lequel je me demandais encore comment il arrivait à rouler tellement il couinait de partout, est à plat alors que je l’ai gonflé cette semaine… Bon bah allons en cours à pied… 20 minutes et personne pour me prendre sur son porte-bagage plus tard, j’arrive enfin en retard au 5ème étage de bâtiment de l’autre côté de l’université, le prof en est déjà au 16ème mot de la dictée (qui en comptera plus de 50), ça commence bien…

Marieke et moi sommes les 2 seules filles du cours, et pas un seul de nos 4 camarades de cours ne pensera à nous faire même une blague vaseuse pour la journée de la femme, seul notre professeur en dira 2 mots : seules les femmes, celles qui sont mariées d’après lui, reçoivent un petit cadeau, bon bah alors pour nous c’est mort…

Après-midi. Afin de profiter un peu du soleil et de se vider l’esprit, direction le terrain de basket. Avec Marieke nous sommes toujours les 2 seules filles sur les terrains tous combles d’au moins 10 chinois, sauf le nôtre où nous resterons à 2 sur un demi-terrain, à croire qu’il ne fallait pas trop nous approcher aujourd’hui.

La journée de la femme… Vaste blague, oui !

Voilà quelle était l’humeur en revenant du terrain de basket, avec pour seule perspective quelques heures pour plancher sur mes cours de chinois.
Mais là, je commence par regarder mes mails et je découvre, ô surprise, un message envoyé par M. Carlton J. Smith en personne, celui-là même que je présentais dans l’article sur son groupe et lui (voir ici) :
Si je retourne le voir au House of Blues and Jazz avant son départ (ce que je compte bien faire et vous allez comprendre pourquoi) j’aurais droit à un calin et un bisou ! ;)

Rien de tel pour redonner le sourire et la patate !
Du coup, j’ai décidé qu’aujourd’hui serait le bon jour pour apporter de grands changements dans ma vie de femme : je vais m’acheter un nouveau vélo :)

Voilà, un nouveau vélo, le 4ème en 6 mois, le 3ème que j’achète neuf !!
Avec ce 3ème vélo neuf, la 3ème visite au marchand de vélos en face de l’université, la 3ème négociation du prix du vélo, l’achat du 3ème panier à vélo, de la 3ème machoire, mais pas du 4ème antivol fluo, ça je peux le récupérer sur l’autre…
Ce qui est bien au moins avec ces visites régulières chez le marchand de vélos, c’est que je peux constater mes progrès en chinois, j’arrive à détailler de mieux en mieux ce que je veux, et je tape la discute avec un Sud-Coréen venu ici faire réparer les amortisseurs de son “Giant” quand moi je repars avec mon “Forever” probablement récupéré je ne sais où qui me coûtera 260 yuans.

Ironie du sort, jusqu’à présent tous mes “Forever” n’ont justement pas durer très longtemps… Un vélo ça ne coûte pas cher à l’achat, mais quand il faut le changer tous les 2 mois, on aimerait bien que le “Forever” passe au moins l’année sans se faire voler sur le parking d’Auchan ou en bas de chez soi… On ne se demande plus comment tourne l’économie chinoise :)

Ainsi maintenant, en tant que femme en ce jour qui m’est consacré, j’ai à nouveau un vélo digne de ce nom, j’ai le droit au confort pour me rendre dans ma salle de classe… Et pour finir la journée comme il se doit, petit resto pour ce soir : nous en avons essayé un nouveau (que de changements !), super bon d’ailleurs, et à l’occasion de cette journée si particulière, on nous offrira… un verre de naicha = thé au lait, que je ne pourrai pas boire moi qui ait horreur du lait, youhou !

Vous l’aurez tous compris, “What a wonderful women’s day” c’est pour le calin à venir ;]

L’Opéra de Pékin

Samedi 12 février 2005

Découverte d’un art ancestral chinois, version abrégée… l’Opéra de Pékin, à Pékin :)

Au programme de la soirée du 12 février, après la visite du Temple du Ciel et d’un passage dans un magasin de la soie, nous sommes allées divertir et cultiver nos oreilles et nos yeux en assistant à une représentation d’Opéra de Pékin.

En réalité, nous avons un peu triché, je dois l’avouer…

Après plusieurs mois passés en Chine, j’avais évidemment entendu parler et entendu tout court de l’Opéra de Pékin.

Ses caractéristiques sont entres autres : l

  • les costumes traditionnels, qui, tout comme les maquillages de visages, sont très codifiés pour représenter le statut, le rôle, le caractère d’un personnage ;
  • des décors très sommaires, le strict nécessaire ;
  • des acrobaties notamment lors des scènes de combat… mais surtout, surtout…
  • une musique très… particulière… en tout cas très éloignée de ce que nous connaissons
  • à noter aussi qu’habituellement, une représentation peut durer de 5 à 6 heures.

C’est pourquoi, quand nous avons réservé la séance auprès de notre hôtel, nous avons opté pour la formule courte d’une heure dans un théâtre affichant les sous-titres en anglais, histoire d’essayer de comprendre quelque chose, nous qui faisons partie du public “non averti”…

En ce samedi soir donc, nous étions les 2 seules personnes de l’hôtel à avoir réservé pour le spectacle. Nous y sommes menées en taxi avec la jeune fille du service de réservation : le théâtre Liyuan se situe en fait au rez-de-chaussée d’un hôtel du centre de Pékin. Le temps pour notre guide de récupérer nos billets et de nous donner l’argent pour le taxi de retour ainsi que la petite carte “Ramenez-moi à cette adresse, gnagnagna” (genre on est pas cap de se débrouiller toutes seules….), nous voici installées dans la salle de théâtre.

Les hôtesses tenteront de nous vendre plusieurs fois les systèmes audio pour suivre la représentation en anglais, mais nous refuserons, voulant profiter pleinement du spectacle.

-De mon côté en plus, j’avais l’immense joie d’avoir pour voisin un utilisateur de ces systèmes qui me faisait profiter de sa traduction tant le volume était élevé… donc un conseil si vous voulez une traduction simultanée, ne pas acheter mais demander à vos voisins de monter le son ;) -

Egalement avant le début de la représentation, nous avons pu assister à la séance de maquillage des artistes dans la pièce qui jouxtait la salle de théâtre.

On découvre alors la transformation qui s’opère sur les visages. Chacun se maquille lui-même devant un petit miroir de table, le pinceau à la main, un trait de rouge pour celui-ci, une tâche de blanc pour celui-là…

Les gestes semblent obéir à un rituel qu’on n’ose pas déranger, même si les artistes restent impassibles face au mitraillage photographique des touristes :)

De retour à nos places, plus que quelques minutes avant le lever de rideau. Nous remarquons juste devant nous une table type table de restaurant avec ce qu’il faut pour grignoter pendant le spectacle. Et oui, c’est une des habitudes chinoises, au théâtre, pendant les représentations (qui peuvent être longues ne l’oublions pas…) on mange ensemble autour d’une bonne table.

Ainsi au fur et à mesure que la salle se remplit, nous voyons différents groupes s’installer autour de ces tables et y faire connaissance. Plus convivial que le pop-corn tout seul devant un grand écran ;)

Mais déjà la salle s’assombrit, les écrans qui afficheront les sous-titres commencent à s’affoler de plus belle, c’est le moment, c’est l’instant, le rideau va s’ouvrir…

… et nous commencerons par découvrir l’ensemble des musiciens, pas plus de 5 ou 6 d’après mes souvenirs, disposés en arc de cercle chacun occupé à son instrument typiquement chinois et pas de chef d’orchestre. Puis ils se déplaceront à une extrêmité cachée de la scène où ils resteront jusqu’à la fin du spectacle.

La représentation en elle-même se décomposait en fait en plusieurs tableaux, indépendants les uns des autres, probablement pour permettre aux touristes venus ici pour une version condensée de voir un échantillon assez large de ce que l’Opéra de Pékin propose.

Le chant d’une déesse de la montagne, les combats en duel et les facéties d’un aubergiste passeront entre autre devant nos yeux. Nos oreilles supporteront assez difficilement les élans vocaux de la déesse de la montagne dont les mouvements de rubans colorés nous auront pourtant ravis, et nous serons époustouflées par les combats acrobatiques exécutés en cadence avec la musique saccadée et particulière de l’Opéra de Pékin.

De ce que les artistes chantaient… nous ne comprenions absolument rien…

Bien sûr les chants étaient en chinois, mais qui plus est, les sonorités étaient modulées comme elles peuvent l’être dans nos Opéras occidentaux, rendant impossible la distinction d’éventuels phonèmes que j’aurais pu reconnaître.

Certes nous avions les écrans pour les sous-titres. Mais nous les avons à peine utilisés, peut-être tout simplement parce que le visuel parlait de lui-même. Certes beaucoup de subtilités nous ont échappé, mais nous avons pu apprécier la représentation à notre manière…

Ainsi, ne serait-ce que par curiosité d’esprit ou par intérêt pour la culture chinoise, je pense que ça vaut le coup de voir au moins une fois (si on le peut bien sûr :) ) un Opéra de Pékin. Après, comme pour tout ce qui relève du suggestif et encore plus en matière d’art, on aime ou on n’aime pas.

Je n’étais pas fan de la musique, mais j’ai applaudi la performance acrobatique et scénique.

La Chine a célébré l’année du Coq

Vendredi 11 février 2005

Plus puissante que jamais sur la scène internationale, la Chine célèbrera mercredi l’avènement de l’année du Coq, signe de fierté mais aussi d’arrogance, alors que déséquilibres sociaux et risque de surchauffe de son économie demeurent toujours aussi importants.

Comme tous les ans, la plus grande migration humaine de la planète a lieu à l’occasion de cette fête traditionnellement passée en famille, avec 1,97 milliard de déplacements en bus, en train, en bateau ou en avion prévus par le gouvernement sur une période d’un mois.

Pour arriver chez eux avant mardi soir, les migrants qui travaillent parfois à des milliers de kilomètres de leur domicile effectuent souvent des périples longs de plusieurs jours dans des trains bondés ou des bus surchargés.

Pour chasser les mauvais esprits, des pétards retentiront tout au long de la nuit de mardi à mercredi. Les réunions de famille et les sorties dans les temples et dans les foires se succéderont ensuite.

Des grands repas seront organisés et plus de cent millions de messages de voeux échangés par téléphone portable.

Ces rites de passage seront d’autant plus importants que cette année du Coq ne comportera pas de “lichun”, jour du début du printemps dans le calendrier agricole qui tombe en 2005 le 4 février.

Selon la croyance populaire, “une année sans printemps” est “une année du veuvage”, si bien que de nombreux couples se sont dépêchés de se marier avant la fin de l’année du Singe, qui comptait deux “lichun”.

Sur le terrain économique, le tableau est plus positif mais les risques s’accumulent.

L’an dernier, la Chine aura réussi à maintenir une croissance très forte tout en évitant l’écueil de l’éclatement d’une bulle spéculative, grâce à une intervention musclée du gouvernement pour brider le crédit et l’investissement.

L’indiscipline inhérente au singe a été contenue, mais les problèmes structurels du pays n’ont pas été résolus pour autant.

“Beaucoup d’observateurs craignent que la bulle du marché immobilier éclate en 2005 et brise le fragile équilibre de l’économie chinoise”, rapporte dans sa dernière édition, avant la Fête du printemps, le magazine économique Caijing.

Dans les campagnes, l’abolition progressive de l’impôt agricole, nécessaire pour tenter de rééquilibrer des écarts en constante augmentation entre ruraux et citadins, risque de priver les gouvernements locaux de leur principale source de revenu.

Quant aux marchés boursiers de Shanghai (est) et de Shenzhen (sud), ils ont atteint la semaine dernière leur plus bas niveau en près de six ans et la confiance des investisseurs paraît durablement entamée.

A l’extérieur, le poids croissant de la Chine permet à son gouvernement de s’affirmer davantage sur la scène internationale. Mais il n’a pas su pour l’instant faire preuve de flexibilité alors que la puissance chinoise devient source de tensions.
Aux Etats-Unis, un groupe de sénateurs démocrates et républicains a menacé la semaine dernière Pékin de droits de douane punitifs si sa monnaie n’est pas réévaluée d’ici six mois.
Les relations avec Taïwan pourraient aussi s’envenimer davantage avec le vote prévu en mars d’une “loi anti-annexion” à laquelle Taipei menace de répondre par un referendum sur ses relations avec le régime communiste.

Durant l’année du Coq, “il est particulièrement important de faire preuve de tolérance”, rappelle Shelly Wu, une astrologue basée en Californie.

En Chine même, ses confrères s’interdisent de prédire l’avenir de la nation.

“Si vous publiez des commentaires sur des sujets sensibles il peut facilement arriver que votre site internet soit fermé” par les autorités, explique M. Chen, un géomancien basé dans le Guangdong (sud).

La Tribune de Genève - 11/02/05