Nouvelles expériences : scooter volé et déposition au commissariat

25 septembre 2011

Même après plus de 7 ans en Chine, il m’arrive encore de nouvelles aventures. Dernières en date : mon scooter, mon si cher scooter de rêve, m’a été volé ! Larcin qui ne sera pas sans conséquence : j’en profite pour aller porter plainte pour la 1ere fois à un bureau de police.

C’est arrivé dans la nuit de jeudi à vendredi.
Jeudi soir, je parque mon scooter en bas de mon immeuble comme d’habitude. Je bloque le guidon et recouvre le vespa de sa bâche protectrice noire, mais pour une fois, j’omets le gros cadenas. Avec l’humidité récente, il a rouillé et ne fonctionne plus. Ces derniers jours, je l’enroulais tout de même autour de la roue avant histoire de faire illusion en attendant que mon vendeur récupère la pièce pour le réparer. Mais ce soir, sûrement par fainéantise, je n’en fais rien. Après tout, c’est ma résidence où je le mets depuis bientôt 1 an. J’aurais dû me rappeler que c’était ici qu’il avait reçu un coup de couteau dans le siège…

Adieu mon scooter :(

Vendredi matin, toute ragaillardie par le soleil qui darde ses rayons chauds, je sors en trombe (à la bourre pour changer !) pour chevaucher mon fier destrier… oui mais voilà, je tombe des nues : point de destrier à l’endroit habituel. En quelques secondes je réalise : l’horreur me pénètre, c’est arrivé, on a volé mon scooter !!

Je fais un petit tour de ma résidence pour vérifier, au cas où, douce rêveuse que je suis, il n’aurait pas juste été déplacé par une quelconque équipe de déménagement. Mais force est de réaliser : il a bien disparu, évaporé dans les rues de Shanghai : S

Naturellement, je m’empresse d’aller notifier les gardiens censés surveiller la résidence. Pensant trouver un peu de secours, je suis décontenancée par leur indifférence. Le regard fuyant, l’un me dit “Il fallait mettre plus de cadenas, ton scooter est trop brillant, il attire l’attention.”. L’autre qui rigole, “Bah c’est vraiment pas de chance, hein… 真倒霉 Zhen daomei” comme ils disent. Certes, m’enfin… Et tous les 3 restent là, plus à me tourner en dérision qu’à tenter de m’aider. Je quitte la résidence perplexe et hèle un taxi pour me rendre au travail.

Et là je réalise d’autant plus ma perte. De nouveau, je suis piétonne. De nouveau me voilà dépendante du taxi et autres transports en public (Certes j’ai un vélo mais quand on bosse à 8km de chez soi, ça compte pas). En taxi j’ai le temps de repenser à tout cela. J’ai le vague à l’âme, triste oui d’avoir perdu mon scooter mascotte. Un vol, c’est un peu une agression, un viol. Je me suis sentie dépossédée, écœurée et révoltée : après tout, ces gardiens au sourire en coin et bien inefficaces, ne sont-ils pas de connivence contre la laowai et son scooter un peu trop rutilant ?

Au bureau, je m’empresse d’annoncer l’événement. Le vol du fameux scooter orange connu de tous me vaut la compassion de mes collègues (après tout il avait fait l’objet d’un shooting quand même ; ]  ), et la nouvelle fait rapidement le tour du bureau. Mon collègue chinois me fait me remarquer que l’entrée de ma résidence est vidéo-surveillée. Bien vu, il faudra que je m’en enquiert !
Puis sujet de discussion s’il en est à la pause déjeuner : c’est sûr, on est observés. C’est peut-être bien dans nos résidences que nos engins sont les moins en sécurité ! Les gardiens sont forcément dans la combine, ou alors de bien mauvais gardiens. Et alors, je fais quoi maintenant ? j’en reprends un autre ou pas ? Un moche tout simple forcément, pour éviter que ça n’arrive à nouveau. “Fool me once, shame on you ; Fool me twice, shame on me”, n’est-ce pas ? Mais ne serait-ce pas aussi s’avouer vaincue par les voleurs ?

Je reste indécise mais promets d’aller reporter l’incident le soir même au bureau de police près de chez moi, plus attirée par une nouvelle expérience que par le vain espoir de retrouver le scooter… ce que je ne ferai qu’aujourd’hui : pot surprise entre collègues ce vendredi soir. Maintenant que je suis à pied, au moins, je peux profiter pleinement de l’happy hour !

De retour à la résidence vendredi soir, je demande illico au gardien si je peux voir la vidéo de la nuit précédente. Il est au courant bien entendu. Les gardiens l’ont déjà visionné : vers 4h du matin, 2 scooters seraient ainsi sortis par la grande entrée ! Incroyable, mais comment n’ont-il pas reconnu mon scooter connu comme le loup blanc, en voyant que ce n’était pas moi dessus !
Par contre le fait qu’il y en ait eu un 2nd me fait réfléchir : ce n’était peut-être pas uniquement à visée contre mon scooter de laowai. Juste pas de chance, mauvaise décision au mauvais moment ?

Je laisse passer la nuit, et me rends au bureau de police en début d’après-midi ce samedi.

Déposition au commissariat de police, en chinois, comme une grande !

Arrivée à l’accueil que je connais bien pour les enregistrements annuels de résidence, j’indique que pour une fois, ce n’est pas ce qui m’amène, et suis emmenée vers le bureau des vraies affaires policières (et non de flicage des citoyens…). Bien sûr j’étonne. Ce n’est pas tous les jours qu’une laowai passe au bureau (très tranquille d’ailleurs), qui plus est toute seule ! Je ne peux m’empêcher de songer à mon dernier 'contact prolongé' avec des policiers shanghaiens : un tout autre contexte ; )
J’explique rapidement mon cas, et suis finalement guidée dans une pièce attenante. Je n’en attendais pas plus pas moins d’une officine de l’administration chinoise : un bureau et des sièges dépareillés dans une pièce complètement nue avec des barreaux au fenêtres. On est en terrain connu !

L’agent s’installe au bureau et me fait signe de m’asseoir. C’est parti, prise de déposition. J’avais bien prévu tous mes papiers qui me furent tous utiles : passeport bien entendu, mais aussi permis de travail. J’avais aussi préparé les photos sur mon téléphone, plus facile pour décrire mon engin ; )

Passée l’identification nom, adresse, travail, un autre agent nous a rejoint : il voulait s’assurer qu’il n’y avait pas besoin d’un traducteur et que je pourrai relire ma déposition. Je n’ai pas le temps de lui répondre que le premier lui dit déjà que je parle suffisamment bien, et je les rassure que tant que c’est écrit lisiblement et simplement, je devrais comprendre. Ce même second agent m’explique enfin qu’il doit vérifier mon visa, bien sûr je comprends. Il tiens à m’expliquer que le protocole demande que les étrangers soient bien fichés dans ce genre de situation. Pas étonnée ; )

Les agents sont accueillants et courtois, visiblement professionnels. Cela a été très simple de faire la déposition, tout bien compris :) L’agent prenait tout en notes manuscrites. Je voyais qu’il transcrivait tout en alternance de questions et réponses.  Enfin le moment de relire et de signer “lu et approuvé”. Pas toujours évident de décrypter l’écriture de monsieur l’agent, mais l’important est bien clair. Je bute sur la reconnaissance des conditions de la déposition. Ils m’emmènent voir un panneau à l’entrée qui explique comment les plaintifs doivent s’assurer de bien comprendre leur déposition, faute de quoi ils peuvent demander un traducteur, enfin grosso modo. J’ignore si c’est standard dans les grands pays, peut-être que particulièrement en Chine, du fait de la diversité des dialectes ?
J’indique que j’ai compris, et m’en retourner signer le document de ma plus belle écriture chinoise. Ensuite, un peu d’encre rouge sur le pouce appliqué sur chaque signature pour fignoler le tout.

Je me rassoie quelques minutes, le temps que l’agent fasse la saisie informatique. Puis je reçois le résumé sur un beau papier imprimé. Au cas où il y aurait une suite, j’en aurais besoin.

Justement, je demande à l’un des agents s’il y a vraiment une chance de retrouver mon scooter. Bien entendu c’est difficile, mais tout est rentré dans la base de données partagée des policiers de Shanghai. S’il est retrouvé par un policier de Shanghai, ils seront notifiés et pourront me prévenir.
Je repars sans trop d’illusion malgré tout. Ça aura pris une petite heure je crois bien, sans accroc ni rebondissement rocambolesque.

Mon scooter est mort, vive mon scooter !

Next stop : mon marchand de scooter favori, histoire de voir ce qui sera faisable.
Je commence par expliquer mon triste sort. Depuis le temps qu’ils me connaissent, j’ai toute l’équipée accablée autour de moi ! Enfin l’accablement ne dure pas, dès qu’on se met à parler affaires ; )

Ils ne font que des scooter “pas simples, pas moches”, et de toute façon, ce que je recherche est pas super standard : je tiens à ma batterie lithium extractible, à mes 60 km/h et mes 50km d’autonomie. Plus que la carcasse, c’est la batterie (volée elle aussi dans le vespa) qui va coûter cher. Mon cœur balance, c’est un peu plus que le budget que je voulais me fixer, mais mon marchand préféré sait négocier et surtout me donne le coup de grâce en m’emmenant dans “son entrepôt” (des salles de stockage au sous-sol des immeubles d’une résidence un peu décrépite…). Car son employée lui soutient qu’il n’y en a plus en orange métallisé, mais lui, persuadé qu’il en reste un, tiens à en avoir le cœur net. De toute façon, les autres couleurs ne me plaisent pas. On arrive à la première salle : pas de orange. 2e salle : caché contre le mur, mon scooter orange qui m’attendait là bien sagement, exactement le même !
Si c’est pas un signe du destin ça !

De retour à la boutique, je fais mine d’hésiter, mais mon cœur est conquis. Dernières négociations, je finis par lâcher et le patron m’emmène à la banque, sur son scooter à lui, retirer l’argent de l’acompte.
Dans 3 jours, je pourrais retrouver le bitume de Shanghai et le gang aux drapeaux jaunes !

Une bonne leçon et quelques enseignements et perspectives

J’ai craqué, mais je me dis surtout que je viens de prendre une bonne et chère leçon ! En toute occasion, il faut toujours cadenasser son scooter, surtout dans les endroits où l’on se croit le plus en sécurité !

Quelques jours qui m’ont donc fait réfléchir. Après toutes ces années ici sans le moindre incident de sécurité (ou presque), j’ai peut-être fini par surestimer la sécurité chinoise : le vol existe et est bien courant. Mon ange gardien a peut-être disparu ces derniers mois, ou simplement la bonne fortune ne peut pas durer éternellement : je rencontre mes premiers incidents de ce genre après 7 ans en Chine entre Shanghai et Canton.

Probablement que c’est ce qu’il faut pour continuer à pimenter ma vie ici, et alimenter le blog :D J’ai beau avoir vécu un bout de temps en Chine, tant que je vis encore ce genre de péripétie sans plus de dégâts que cela, je me dis que j’ai encore des choses à faire ici. Bon, à condition quand même qu’il y ait nettement plus de bonnes aventures que de mésaventures ; )

Je prends la mesure aussi de l’indépendance que j’ai pu acquérir grâce en particulier à ma maîtrise du chinois. Entre mon dernier voyage au Xinjiang souvent loin de tout environnement laowai-friendly et cette dernière épreuve, je m’étonne moi-même de la relative facilité avec laquelle je passe au travers de ces expériences qui seraient un calvaire pour tout non-sinophone, et restent au contraire une brise légère pour moi.
L’effet laowai-qui-gère-son-chinois ouvre les portes et les sourires, et rend l’expérience finalement même plus enrichissante que pour un chinois. Décidément, vraiment, chaque jour je remercie cette idée saugrenue que j’ai eue il y a 9 ans de commencer à apprendre cette langue ! Elle m’évite beaucoup d’écueils, et même si elle ne me protège pas de tous les déboires, elle sait me rendre le chemin de leur solution beaucoup plus facile à trouver et agréable à traverser.

So far so good, keeping walking on my way in China!

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5 commentaires pour “Nouvelles expériences : scooter volé et déposition au commissariat”

  1. Commentaire par S. Lu :

    et ben, avec mon amie qui s’est fait voler son PC carrément dans la rue après 1 semaine passée en France, on est allés au commisariat pour déposer une plainte. et bien entendu, les deux gars sont bien des récidivistes, et mon amie n’a jamais pu retrouver son PC… :o)
    j’ai eu la même expérience avec les gardiens de résidence, ils sont peu qualifiés, et tout ce qu’ils font (non seulement contre les “LaoWai”) c’est de se moquer dans leur petit bureau… c’est triste, mais c’est comme cela… pourtant ils pourrait être plus efficace…

  2. Commentaire par Pauline mas :

    “Céline en Chine ” est dans mes favoris…j’aime l’écriture, le regard porte sur la Chine, l’esprit.
    ce soir, en rentrant du commissariat un peu déprimée, je jette un coup d’oeil sur le blog pour me changer les idees et la…nonnnnn! Céline raconte ce qui vient de m’arriver: on m’a aussi vole mon fabuleux scooter, pas orange mais beige…bien cadenasse, devant un centre commercial…
    Merci Celine pour ton article…te lire m’a permis de sortir de ma hargne…
    bravo de savoir si bien décrire ces petits details qui mettent en joie en Chine, et qui permettent de continuer a l’aimer malgré les moments gris.
    Bonne continuation.

    PS: double, le cadenas c’est plus prudent

  3. Commentaire par Céline :

    Merci Pauline pour ton commentaire ! Et surtout reçois toute ma compassion : /
    Depuis que ça m’est arrivé, j’en ai parlé autour de moi bien sûr, et j’ai appris que les périodes juste avant les vacances d’octobre et du nouvel an chinois marquent une recrudescence des vols !
    Plusieurs de mes amis ont subi le même sort. Il faut donc redoubler de vigilance et de cadenas en effet ;)

    Bon courage à toi et je te souhaite de pouvoir vite remonter en selle de scooter :]

  4. Commentaire par Clairez :

    Bravo ! Parler aussi bien chinois, ça me fait carrément rêver ! Mais autant, au bout de quelques mois, je réussis à parler, autant je ne comprends toujours rien quand on me répond ! Je dois pas avoir l’oreille musicale…
    J’espère que le scooter volé sera retrouvé, on a le droit de rêver… Et longue vie au nouveau ! Si je croise un scooter orange dans les rues de Shanghai, je penserai à Toi !

  5. Commentaire par Théo :

    J’espère que tu retrouvera ton Scooter Orange. J’ai été très intéressé.

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