Parler ou ne pas parler chinois, là est la question

3 décembre 2005

Je reçois régulièrement des courriers électroniques de lecteurs de ce blog me demandant mon avis sur la question : est-il nécessaire de savoir (bien) parler chinois pour se débrouiller en Chine, à Shanghai notamment ?

Naturellement je n’ai pas la science infuse et je ne peux parler que d’après mon expérience qui vaut ce qu’elle vaut. Mais pour en avoir encore parlé hier soir avec une amie fraîchement arrivée à Shanghai (et qui sait “se débrouiller” en Chinois), j’ai envie d’utiliser une anecdote qui vient de m’arriver et qui finalement illustre à merveille mon point de vue.

Shanghai.

Probablement la ville de Mainland China (en excluant Hong-Kong donc) où la densité de population sachant parler anglais est la plus forte, en centre ville surtout naturellement, là où d’ailleurs tout est signalisé à la fois en chinois et en anglais.

Il n’est pas rare d’y rencontrer des expatriés qui y vivent depuis X années, et qui sont toujours incapables d’aligner 3 mots de Chinois. Et ils vivent très bien, la preuve, ça fait X années qu’ils sont là…

Hello, my overseas Friend...
Aux abords du marché de Dongjiadu lu de Shanghai …

Ca c’était mon premier point. Voici maintenant mon anecdote.

Hier après-midi je suis allée faire quelques shoots sur le playground de l’université. Juste en arrivant, je m’aperçois qu’au panier de derrière s’exerce une jeune chinoise que Marieke et moi connaissions de vue. Cette jeune chinoise est en fait une arbitre de basket qui nous a plusieurs fois arbitrée sur des matches, et à ces occasions nous avait plutôt laissé une impression de franche inimitié. Bref autant dire que jusque là nous n’avions pas vraiment fait connaissance. Du coup, moi en arrivant hier au terrain, je lance un hochement de tête avec un léger sourire en guise de bonjour.

Et je shoote tranquillement pendant 30 bonnes minutes.
C’est alors qu’arrive un ami chinois basketteur, Qing Jiawei, qui shoote avec ma voisine de panier. Qing Jiawei veut pratiquer son anglais, du coup il s’adresse à moi en anglais. Oui mais voilà, l’anglais de Qing Jiawei est un peu hésitant, et moi je veux shooter, alors pour rendre la discussion plus efficace, hop je sors mon chinois.

Et là bam ! Grand sourire de la jeune Chinoise (oui, excusez-moi à ce moment-là j’ignore toujours son nom :] ) : “Elle sait parler chinois !”  “Oh, elle peut comprendre tout ce qu’on dit alors !” Sourire gêné de sa part, sourire en coin de ma part :]

Ca aurait pu en rester là, mais non, et c’est ça qui est génial !
Du coup, elle m’a demandé tout de suite, en chinois bien sûr, si j’allais participer au tournoi de 3×3 pour les filles qui avait lieu le lendemain (aujourd’hui quoi). Quoi ?! Un tournoi de 3×3 filles et personne ne m’a prévenu, ni moi ni Marieke ! Bon ok, un peu de notre faute, on n’avait qu’à regarder le BBS (le forum de l’université) pour se tenir au courant… oui mais quand même :
Donc moi pas au courant, le temps de me renseigner un peu auprès de Qing Jiawei, et je me rends compte que 1) il est un peu tard pour s’inscrire, 2) si Marieke est dispo, il nous manque toujours une 3e fille, et 3) ah zut en plus Marieke n’est pas dispo.

Et là le cri du coeur, la main tendue vers mon désespoir de ne pouvoir participer à un petit tournoi sympa : ”Tu peux jouer avec nous si tu veux” me lance la jeune chinoise (que nous appellerons Weixing désormais), un peu comme Jeny s’adressant à Forrest quand personne ne veut de lui à côté de soi dans le bus si vous voyez ;)

Et voilà comment je me suis retrouvée après échange des infos pratiques par portable, à me retrouver ce matin seule étrangère à passer un moment, certes humide et frais, mais fort sympathique, à jouer au basket avec 3 chinoises que je ne connaissais pas 24 heures auparavant. On s’est bien amusées, on est même allées jusqu’en finale ! (oui bon d’accord on a perdu la finale, mais on s’en fout pour mon anecdote) Euh en fait non, on s’en fout pas. Parce que même dans la défaite, Weixing et ses coéquipières m’ont naturellement intégrée à leur déjeuner post-tournoi, et m’ont même invitée pour me remercier de les avoir rejointes (j’ai un tout petit peu relever le niveau il faut dire aussi… mais ça on s’en fout vraiment :] )

On a un peu papoté, chacune se présentant un peu mieux et faisant tomber les a priori. Je découvre qu’en plus leur spécialité c’est l’anglais ! Alors promis, la prochaine fois qu’on se rencontre au basket, Weixing parlera anglais.

Crazy English
Vu sur un mur de Shanghai…
Finalement donc, parce que j’ai pu communiquer en chinois (assez sommairement, pas besoin de faire de grande réthorique non plus) avec Weixing et ses amies, j’ai passé un super moment que je n’aurais de toute évidence pas pu passer si j’avais persévéré dans l’usage de l’anglais.

Tout ça pour dire que finalement, la question pour moi serait plutôt : si vous venez à Shanghai ou ailleurs en Chine, voulez-vous seulement vous “débrouiller” ou aller plus loin en créant les opportunités qui vous resteraient interdites sans l’usage de la langue locale, sans avoir le sentiment de passer à côté de quelque chose finalement ?

Parce que ce qui est sûr, c’est qu’en Chine, vous aurez beau vivre 10 ans sur place, les locaux qui ne vous connaîtront pas vous regarderont toujours comme un étranger qui ne sait rien bredouiller d’autre qu’un grinçant “Ni hao” ou “Xiexie”. C’est comme ça ici et nul ne sait si ça changera un jour.
Alors pour profiter des opportunités de la vie en Chine comme vous profiteriez des opportunités de la vie en France ou ailleurs dans le monde,  PARLEZ CHINOIS !

Une fleur s'épanouit
Au jardin Yu de Shanghai

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13 commentaires pour “Parler ou ne pas parler chinois, là est la question”

  1. Commentaire par jez :

    Anecdote tout de même très sympa :)

  2. Commentaire par poupou :

    Tout à fait d’accord Avec toi Céline!
    C’est d’ailleurs valable pour n’importe où. Le problèmes de certains expats, c’est qu’ils raconteront qu’ils connaissent tout du pays car ils y ont séjourné X années. Le pire est que de retour en France, ils trouveront naturellement qu’il n’est pas normal que des étrangers viavant en France ne parlent pas français.
    Parler la langue du pays…tu as raison, même des petites conversations simples, c’est ouvrir la porte à une autre dimension de la relation humaine.
    Bonne continuation et merci.

  3. Commentaire par Parler Chinois :

    Celui qui ne parle pas chinois en Chine s’isole de 99% de la population. Ensuite beaucoup d’autochtones qu’il rencontrera seront surtout là par intérêt, en particulier pratiquer l’anglais comme le souligne Céline.

  4. Commentaire par poupou :

    …on peut dire que 1% de 1,265 milliard, ça fait tout de même 12,65 million de personnes à qui parler !!!:)
    Même à quinz, certains expats préfèreront rester entre eux pendant des années. Vous ne pourrez pas le faire et moi non plus. Alors, vas y Céline!!!

  5. Commentaire par Arnaud :

    En reference a la photo “Crazy English”, il me semble que c’est le nom d’une emission tele qui apprends l’anglais aux chinois. Les animateurs sont pleins de vie et d’exuberance ce qui explique pas mal le titre choisi…

  6. Commentaire par PP GIRARD :

    Ah, je me reveille…bonne année.
    J’ai noté, dans le cadre de mes fonction de Professeur associé en Com.
    que pas mal d’ étudiant de ESC (sup de co La Rochelle) souhaitent faire des stages en chine, ah, le monde des affairez
    Autre lieu, autres désirs, les 2tudiants d’une grande école d’ingénieurs souhaitent plutôt découvrir, l4europe, Le Mexique, et
    Et d’une façon générale, ils bossent tous ou ils vont s’y mettre l’Anglais et autres TOIEC et TOFEL,

  7. Commentaire par Anaïs :

    La question, Céline, n’est pas “est-ce que c’est la peine d’apprendre le chinois”, ou alors laissons les rustres patauger dans leur ignorance. La question c’est, est-ce qu’en arrivant avec un niveau de chinois minable, je vais réussir à m’en sortir?

    Mon problème particulier c’est: je vais sans doute aller en Chine dans un ou deux ans pour cause de conjoint étudiant le chinois, et donc je vais essayer de travailler dans le cinéma quelque part là-bas (puisque moi c’est le ciné que j’étudie). Ce qui m’inquiète, c’est que d’ici là je ne vais pas avoir le temps d’acquérir un niveau plus qu’élémentaire, voire rudimentaire; est-ce que je vais pouvoir travailler dans le cinéma chinois, avec l’anglais, le français et quelques mots de chinois comme seules armes?

    bonne continuation..

  8. Commentaire par Céline :

    Salut Amandine,

    Je ne connais pas le milieu du cinema chinois, mais je sais que des francais (qui tiennent un blog pour certains) ont obtenu des roles dans des series chinoises ou des films chinois. Je ne connais pas leur niveau de chinois.

    Ce qui est sur c’est que tu apprendras naturellement beaucoup plus sur place. Mais en attendant, vu que tu as un peu de temps devant toi, tu pourrais prendre un “tandem” chinois qui pourrait t’apprendre les bases du vocabulaire et des pratiques pour le milieu qui t’interesse. Ce serait une facon de se rassurer pour toi si tu en as le temps bien sur.

    Celine, en transit entre le Guizhou et le Guangxi

  9. Commentaire par Anaïs :

  10. Commentaire par Kehan :

    J’aime bien l’anecdote. C’est le genre d’évènement qui arrive assez souvent quand on baragouine quelques mots (je dit ça pour moi) et qu’on est pas timide. Même si on peut passer une bonne année en parlant uniquement anglais, il y’a des tas d’opportunitées qui nous passent sous le nez.

  11. Commentaire par cweben :

    Super site ! Bravo !

  12. Commentaire par mjbeijing :

    c’est bien beau toutes ces histoires d’expats qui y vivent longtemps sans apprendre la langue, mais franchement: certains arrivent sans avoir eu vraiment le temps d’apprendre le chinois avant et même avec toutes les bonnes volontés du monde: le chinois ne s’apprend pas si facilement que ca après une longue journée de boulot!
    moi aussi j’aime raler là-dessus, mais je ne fais guère mieux…

  13. Commentaire par Johann :

    Merci Céline pour cet article. Je parle chinois et je vie à Shanghai depuis plus de 3 ans. C’est vraiment un monde différent qui s’ouvre à nous de pouvoir communiquer en chinois tous les jours. Seulement 3% de la population parle anglais à Shanghai et encore pas avec le même degré de facilité qu’une personne native.
    Il est vrai qu’après une longue journée de travail ce n’est pas facile de s’y mettre. Cependant, il en a qui le font et c’est tout à leur avantage.

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