Les grandes écoles françaises à la conquête de la Chine

21 septembre 2005

Voilà qui me fait sentir un peu pionnère dans cette aventure d’étudiante française en Chine. Il faut dire que les étudiants sont présents depuis plusieurs années en France, et de plus en plus. Mais déjà, il ne leur est plus nécessaire de s’expatrier pour profiter des enseignements occidentaux et en particulier français, l’Education Française vient à eux.

Les grandes écoles à la conquête de la Chine

Aurélien – Wang Tairan de son vrai nom chinois –, 18 ans, porte-parole des étudiants de la toute nouvelle école d’ingénieurs Centrale de Pékin (lire ci-dessous), a déjà tout d’un ministre. D’une voix posée, il encourage ses «camarades» «à ne pas perdre un seul instant» : «Au travail, martèle-t-il, nous mettrons toute notre sueur pour gravir avec acharnement les sommets de la science et contribuer par tous les moyens à renforcer l’amitié de nos deux peuples français et chinois.» Bienvenue dans un pays dont les mentalités restent empreintes de communisme, mais sont avides de goûter aux joies du capitalisme occidental.

Rien d’étonnant, donc, à ce que les universités et les grandes écoles françaises se précipitent en Chine, où elles se livrent une concurrence vive.

Polytechnique, l’école des Mines de Paris, les Ponts et Chaussées, le groupe des Ecoles normales supérieures, Euromed Marseille, HEC, l’Essec, Audencia, Grenoble Ecole de management, l’Ecole supérieure de commerce (ESC) de Rennes, les universités de technologie de Compiègne (UTC), de Troyes (UTT), de Belfort-Montbéliard, entre autres, tous multiplient les accords de partenariat avec des universités chinoises, essentiellement à Pékin, Shanghai et Hongkong. Parfois dans tous les sens. Et au risque de se perdre parmi tant d’autres, sur d’immenses campus qui ne comptent généralement pas moins de 25 000 étudiants.

Proposant des échanges d’étudiants et de professeurs, des diplômes conjoints ou de courtes sessions de formation continue, rares sont les établissements à installer une structure pérenne, comme celle de Centrale à l’université Beihang (Pékin) ou, à un degré moindre, de l’école de commerce EM Lyon à l’université Fudan (Shanghaï). Peu importe, ils sont «là où il faut être», explique un diplomate de l’Ambassade de France.

Car c’est bien à la demande des entreprises de l’Hexagone que ces établissements supérieurs se ruent en Chine. Massivement implantée dans l’empire du Milieu, l’industrie française a désormais besoin d’employés formés à l’européenne. Mais employés chinois, salaires obligent.

«La Chine se développe à une vitesse vertigineuse, précise Mok Kwongweng, 50 ans, PDG d’Air liquide Chine et responsable pour l’Asie du Nord-Ouest (Chine, Taïwan et Corée). Les entreprises françaises ont besoin de cadres et d’ingénieurs pour réaliser leur développement, et recherchent massivement des diplômés chinois parlant français et formés à la méthode française, bon marché.» Basé à Shanghaï, il a lui-même fait ses études… à Paris. Exit donc l’ère glorieuse des expatriés, même pour les dirigeants : les groupes sinisent désormais l’ensemble de leur encadrement.

«Il y a tout à faire, tout à construire, explique José d’Antin, directeur de Supaéro, en déplacement à Pékin, afin de nouer des partenariats avec ses homologues locaux. La Chine a, par exemple, un immense besoin en ingénieurs capables de comprendre l’entreprise, en contrôleurs aériens, en ingénieurs de maintenance de haut niveau, en managers». Ce que, de l’avis de tous, les Français savent faire. «Outre contribuer au rayonnement international de la France, leur connaissance de notre société et de ses produits en fait surtout des consommateurs prescrip teurs», souligne par ailleurs José d’Antin.

Pour les autorités et les universités chinoises, le boom de ces exportations est une aubaine incontestable : d’excellents professeurs affluent sur les campus, l’exode des meilleurs étudiants chinois est ainsi jugulé, et les établissements leur reversent des royalties notamment pour la mise à disposition des locaux. Enfin, frottés aux équipes pédagogiques françaises, les enseignants chinois en profitent pour acquérir leur savoir-faire. A la chinoise.

Justine Ducharne

Le Figaro.fr - 21/09/05
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Une façon aussi peut-être de leur montrer que la France ce n’est pas que la mode, la culture et la cuisine et le bon vin, mais aussi des savoir-faire techniques, industriels et de haute-technologie. Pas seulement un “pays romantique” mais un pays qui peut leur apporter de quoi passer à la prochaine étape que la Chine s’est fixée : devenir le laboratoire du monde.

Pour les jeunes Chinois, Centrale c’est Paris

Ji Jing s’est vêtue de sa plus belle robe. Comme le veut la tradition, cette femme de 22 ans, originaire de la province de Jiang Su, et les 108 élèves chinois à qui elle enseigne la langue de Molière depuis une semaine, se sont choisi un prénom français. Juliette, donc, s’apprête à traduire les discours d’inauguration de l’Ecole centrale de Pékin prononcés par le ministre de l’Education chinois Zhou Ji, le président du Sénat, Christian Poncelet, et par celui de l’université pékinoise de Beihang, Li Wei, partenaire du projet.

Une fierté non feinte pour la délégation française venue en masse assister à cet événement qu’elle a greffé sur les célébrations offcielles de clôture de l’année de la France en Chine : Centrale est la première grande école d’ingénieurs francophone à s’installer un établissement dans ce pays.

Désormais, le groupe des quatre écoles Centrale (Paris, Nantes, Lyon, Lille) formera chaque année quelque cent cinquante Chinois, sélectionnés aux quatre coins du pays en fonction de leurs résultats au «Gaokao» (baccalauréat). Un contingent insignifiant pour l’université de Beihang qui compte 26 000 étudiants et forme déjà l’élite de l’aéronautique et du spatial.

Après une année d’apprentissage du français, ils suivront deux années de «taupe» (classe préparatoire scientifique) dispensées par plusieurs professeurs du lycée parisien Louis-le-Grand, puis les trois années de formation d’ingénieur calquées sur le programme français. Le tout, en français et en anglais. Au terme des quatre premières années, les élèves pourront obtenir un «bachelor» de Beihang, et en fin de sixième année, le master de l’université et simultanément le diplôme d’ingénieur de Centrale Pékin.

Mais tous, citant spontanément la «Sorbonne», n’avaient jamais entendu parler de Centrale, ni d’aucune autre grande école. Car si certains de ces jeunes gens âgés de 17 à 19 ans (dont un tiers de filles) se disent avides «d’apprendre les sciences» et se dirigeront peut-être vers la recherche ou l’industrie, la majorité rêve par-dessus tout de «visiter la France». Comme s’ils avaient choisi l’école parce qu’ils admirent la Tour Eiffel et Notre-Dame de Paris. «Quel beau pays, résume Sunmuyao (Sarah), 18 ans, l’une des rares étudiantes originaires de Pékin. C’est le pays du Comte de Monte-Cristo, et j’aime Alexandre Dumas.»

Le budget (12 millions d’euros sur six ans) est financé pour moitié par les ministères de l’Education nationale et des Affaires étrangères, pour l’autre par des fonds privés. A terme, une dizaine de places seront ouvertes au concours national de Centrale pour des Français souhaitant étudier à Pékin. Il s’agit d’une part de transformer les futurs diplômés en «ambassadeurs efficaces de la francophonie», souligne Christian Poncelet, d’autre part, d’accroître le rayonnement international d’un modèle d’enseignement inconnu en dehors de l’Hexagone et de tenter de s’imposer face aux Etats-Unis, qui continuent d’attirer massivement les étudiants chinois.

Justine Ducharne

Le Figaro.fr - 21/09/05
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Un commentaire pour “Les grandes écoles françaises à la conquête de la Chine”

  1. Commentaire par cléa :

    bonjour se serai pour une information j’aimerai étudier l’esthétique cosmétique en Chine je cherches une eventuelle ecole franco-chinoise d’esthétique je ne sais pas si cela existe et je ne trouves rien la dessus sur internet…un petit coup de pousse serai cool.merci.

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