Les superstitions en Chine se portent bien

8 février 2005

PEKIN (AFP) - Des couples qui s’unissent à la va-vite pour éviter une année du coq peu propice, des nouveaux riches qui veulent être les premiers à faire sonner les cloches des temples, des files d’attente chez les astrologues: les superstitions se portent bien en Chine avant le Nouvel An lunaire.

“Tous les hôpitaux ont connu une augmentation de 20% du nombre de femmes enceintes cette année parce que l’année du singe est considérée comme de meilleur augure” que celle du coq, qui débute mercredi, explique Han Tianjun, directeur de l’Hôpital pour femmes et enfants de Canton (sud).
Pour s’assurer que leur progéniture voie le jour sous de bons auspices, certaines mères n’hésitent pas à recourir à des césariennes.
“Elles ne l’avoueront pas mais c’est la vraie raison. S’il s’agit d’avancer la date de trois ou quatre jours seulement, nous le ferons probablement”, explique l’infirmière Zhang Weizhu.

Pour les mariages également, les couples font la queue pour sceller leur union avant l’arrivée de la nouvelle année, selon les médias officiels, qui évoquent des salles de banquets toutes réservées, certaines voyant défiler trois noces par jour.

Vingt ans de réformes ont fait ressurgir les vieilles superstitions en Chine, qui n’ont pas de mal à s’adapter à la vie moderne. Les nouveaux riches du communisme n’hésitent pas à dépenser de fortes sommes pour “s’acheter” une bonne fortune.
L’homme d’affaires Gao Jie a déboursé 66.000 yuan (7.951 dollars) lors d’une récente vente aux enchères afin d’être le premier à allumer de l’encens et à prier le jour du Nouvel An dans le temple Tanze de Pékin.

Le Parti communiste regarde du coin de l’oeil cette poussée du superstitieux, craignant que cela mine son pouvoir. La radio et la télévision publiques ont récemment interdit toute publicité “qui fait l’éloge de la superstition”.

Mais les Chinois semblent en faire peu de cas : ils sont de plus en plus nombreux à se tourner vers les marchands de bonheur, y cherchant réponse à leurs doutes grandissants dans une société en mouvement où a disparu l’emploi à vie. Et, malgré l’interdiction officielle, de la publicité sur des services d’astrologie par téléphone est régulièrement diffusée sur les écrans télé.

“Les gens veulent aujourd’hui savoir quel chemin ils doivent prendre.
Ce n’est pas comme avant, où on décidait tout pour eux, de l’endroit où ils travaillaient à celui où ils devaient vivre”, explique Sherry Jin, 21 ans, qui a eu recours à un astrologue pour savoir si son père devait changer de métier.

La plupart des clients ont ce genre de questions à la bouche, selon le diseur de bonne aventure Wang Xin, voulant savoir si c’est le bon moment pour ouvrir un commerce ou réaliser tel ou tel investissement.

Beaucoup viennent également chercher conseil sur leur vie maritale.
“Un tiers de mes clients ont des aventures extra-conjugales mais ils ne veulent pas de divorce car ils ont des enfants”, explique-t-il. Il leur conseille alors de suivre les enseignements du livre antique de philosophie, le “I-Ching”, qui enseigne que vivre ensemble est mieux que de vivre séparément.

Quant à ceux qui veulent chasser l’amant de leur épouse, ils leur conseillera de placer deux figurines de coq près de l’armoire où elle range ses sous-vêtements. “Le bec d’un coq est très dur, il peut chasser le mal”, assure M. Wang.
Il y a trente ans, M. Wang aurait fini en prison mais aujourd’hui, “même les hauts responsables du gouvernement ont leur propre astrologue”, assure-t-il.

AFP - 08/02/05

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