Le Gaokao, l’enjeu de leur vie

4 juin 2005

Alors que le baccalauréat commence tout juste en France (Vas-y Romain !), en Chine la pression commence à monter sur les millions de lycéens qui s’apprêtent à passer l’examen de leur vie, le Gaokao.

Signe annonciateur de l’approche imminente de l’examen, les articles dans la presse se multiplient au sujet du fameux gaokao. Pas étonnant donc, maintenant que nos support de cours de chinois sont les articles de journaux, que nous soyons amenés à en parler avec nos professeurs Chinois. Justement hier matin c’était le cas, et en pensant à mon petit frère qui s’apprêtait à plancher sur son épreuve de SI (merci Romain pour l’erratum, je trouvais bien aussi que c’était tôt pour la philo ;] ) dans les heures qui allaient suivre, je n’ai pas pu m’empêcher de prolonger la discussion.


CRI

Le Gaokao, c’est le diminutif pour Pudong Gaodeng Xuexiao Zhaosheng Kaoshi, le Bac de notre Baccalauréat quoi.

Au même titre, il sanctionne les études de niveau secondaire pour permettre l’entrée dans les études supérieures.

Quelques différences malgré tout, probablement liée au gigantisme géographique et démographique du pays, ainsi qu’aux disparités profondes qui le caractérisent :

  • Les épreuves ne sont pas nationales : les sujets varient selon la province voir même la ville,
  • La forme même de l’examen peut différer d’une ville à l’autre : avec les réformes du système éducatif, le Gaokao subit lui aussi des mutations. Basé sur 3 épreuves fondamentales (Chinois, Mathématiques, Anglais), il évolue vers une forme 3+1, ou même 3+X, avec des épreuves de compositions dans une spécialisation, pouvant être notées sur des échelles différentes.
  • Dans certaines villes, les dates d’examen peuvent différer des 2 jours fixés (Cette année les 7 et 8 juin)
  • Les quotas de reçus dépendent de la province/ville d’origine du candidat. Dans les provinces plus défavorisées de Chine où la qualité de l’enseignement est moindre que dans les villes, il faudra d’autant plus de réussite aux candidats pour espérer entrer dans les meilleures universités.

De quoi rendre discutables les conditions d’équités. Mais ce qui est sûr, c’est qu’à quelques jours du Gaokao, peut-être plus que pour le Bac en France, c’est toute la Chine qui retient son souffle…

Les candidats tout d’abord

A la différence du baccalauréat, le Gaokao chinois est un concours bien plus qu’un examen.

Alors pour eux, la pression ne commence pas du tout à monter : ça fait bien un ou deux ans qu’ils ont ça en tête. Et aujourd’hui, à moins qu’ils ne bénéficient des systèmes de faveur de l’Etat (minorités ethniques, d’outre-mer, enfant de personnalité ayant oeuvré pour la patrie, san hao xuesheng = élève aux 3 hautes dispositions morales, intellectuelles et physiques, compétences particulières artistiques ou sportives) ou qu’ils ne fassent partie des lycéens d’élite directement recrutés, cette pression s’intensifie au plus haut point.

<- Le tableau rappelle qu’il reste 62 jours avant le Gaokao. (China Today)

Sans parler des cas particuliers de nos écoles françaises, l’entrée à l’université en Chine n’est pas subordonnée à la simple obtention de la moyenne aux épreuves. Non, en Chine, les universités sont soumises à un classement en 4 groupes. Les candidats doivent formuler 4 voeux d’université. Et selon ces voeux et surtout les notes obtenues au Gaokao, les universités du 1er groupe (les universités clés, les universités très renommées, etc…) vont choisir leur futurs étudiants en premier, puis viendra le tour des universités du 2e groupe, et ainsi de suite. Voilà qui rappelle nos Concours d’entrée aux Grandes Ecoles : ici en Chine, ils vivent cela en fin de lycée, et ils ne l’ont pas choisi.


China Today

Ainsi, ces lycéens jouent tout leur avenir sur les 2 jours d’épreuves du Gaokao, théâtre d’une compétition sévère pour briguer les places dans les meilleures universités, mais auss parce qu’un échec au Gaokao signifie l’exclusion du système éducatif conventionnel, et bouleverse les perspectives d’avenir d’un jeune Chinois.

Cette année, 8,67 millions d’inscrits, parmis lesquels 4,75 millions accèderont à l’enseignement supérieur, et seulement 2,30 millions à des formations universitaires de type Graduate (Bac +4), on est donc bien loin des 80% de reçus au baccalauréat…

Leurs parents peut-être davantage

En fait, il est possible de repasser le Gaokao en cas d’échec une première fois. Mais au pays de l’enfant unique, quand celui-ci passe le Gaokao, c’est tout l’honneur de sa famille qui est en jeu et la promesse de voir tous les espoirs de celle-ci se concrétiser. Ce sont ces jeunes lycéens également qui devront plus tard assumer leurs parents aujourd’hui plein d’espoir…

Et toute la Chine avec eux

L’importance de l’épreuve est telle que des dispositifs particuliers sont mis en oeuvre à l’occasion du Gaokao. Sans parler de la publicité suscitée - j’ai reçu sur mon mobile une publicité s’adressant aux parents d’enfant candidats au Gaokao leur proposant des solutions pour entrer dans des universités honorables en cas de mauvaise performance- les gouvernements des villes font le nécessaire pour que les étudiants puissent préparer et passer le Gaokao au mieux.
Ainsi j’ai appris que pour les candidats qui en avaient besoin et leur famille, un service de taxi gratuit leur permettait de pouvoir se rendre aux épreuves tranquillement.
Plus étonnant encore, pendant les 10 jours qui précèdent l’épreuve, le temps de travail des chantiers de construction autour des écoles est limité pour ne pas perturber la préparation (quand on sait qu’en temps normal c’est quasiment du 24/24 !), et pendant les 2 jours critiques, des milliers de policiers s’affairent autour des centres d’examen pour assurer qu’il n’y ait aucun bruit ou embouteillage qui vienne déranger la concentration des candidats !

Entrée principale SJTU-Minhang :
Quels nouveaux étudiants accueillera-t-elle ?

Un véritable phénomène national donc, et un système très différent du nôtre. Une culture de l’élitisme bien plus exacerbée qu’en France où l’on prône (et où l’on tente de faire appliquer) le principe de l’”Université pour tous”. En Chine, quand les droits d’inscriptions annuels peuvent représenter 3 à 5 fois le salaire mensuel moyen d’un Chinois, ce afin de financer le développement des universités en capacité d’accueil et en qualité d’enseignement, c’est plutôt l’”Université pour tous… ceux qui peuvent”…

Sources :

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3 commentaires pour “Le Gaokao, l’enjeu de leur vie”

  1. Commentaire par Romain :

    ouh quel honneur tu me fais là, je figure dans l’en-tête…
    euh par contre erratum : je passe la philo jeudi seulement, hier c’était juste l’épreuve pratique de SI ^^ , et ya pa eu de pb ;)
    Merki pour tes encouragements ça fait chonokeur :]
    tchô

  2. Commentaire par Bloggeur reconnaissant :

    Salut Céline,
    D’abord merci pour ton aide TRES précieuse en CSS/HTML.
    Je viens de regarder un petit spot à la télé japonaise, une actrice quelconque à Shanghaï, il parait que le grand boom cullinaire sont les écrevisses ! Tu vas te régaler !!!

  3. Commentaire par nephtys :

    Aussi impressionnant que agréable ce blog! vrai, je ne me lasse pas de parcourir tous tes articles. aaaaaaaaa, la chine! (et ses programmes télés…)
    amitiés

    ps: merci d’être passée par mon (vieux) blog…;)

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