La Chine a célébré l’année du Coq

11 février 2005

Plus puissante que jamais sur la scène internationale, la Chine célèbrera mercredi l’avènement de l’année du Coq, signe de fierté mais aussi d’arrogance, alors que déséquilibres sociaux et risque de surchauffe de son économie demeurent toujours aussi importants.

Comme tous les ans, la plus grande migration humaine de la planète a lieu à l’occasion de cette fête traditionnellement passée en famille, avec 1,97 milliard de déplacements en bus, en train, en bateau ou en avion prévus par le gouvernement sur une période d’un mois.

Pour arriver chez eux avant mardi soir, les migrants qui travaillent parfois à des milliers de kilomètres de leur domicile effectuent souvent des périples longs de plusieurs jours dans des trains bondés ou des bus surchargés.

Pour chasser les mauvais esprits, des pétards retentiront tout au long de la nuit de mardi à mercredi. Les réunions de famille et les sorties dans les temples et dans les foires se succéderont ensuite.

Des grands repas seront organisés et plus de cent millions de messages de voeux échangés par téléphone portable.

Ces rites de passage seront d’autant plus importants que cette année du Coq ne comportera pas de “lichun”, jour du début du printemps dans le calendrier agricole qui tombe en 2005 le 4 février.

Selon la croyance populaire, “une année sans printemps” est “une année du veuvage”, si bien que de nombreux couples se sont dépêchés de se marier avant la fin de l’année du Singe, qui comptait deux “lichun”.

Sur le terrain économique, le tableau est plus positif mais les risques s’accumulent.

L’an dernier, la Chine aura réussi à maintenir une croissance très forte tout en évitant l’écueil de l’éclatement d’une bulle spéculative, grâce à une intervention musclée du gouvernement pour brider le crédit et l’investissement.

L’indiscipline inhérente au singe a été contenue, mais les problèmes structurels du pays n’ont pas été résolus pour autant.

“Beaucoup d’observateurs craignent que la bulle du marché immobilier éclate en 2005 et brise le fragile équilibre de l’économie chinoise”, rapporte dans sa dernière édition, avant la Fête du printemps, le magazine économique Caijing.

Dans les campagnes, l’abolition progressive de l’impôt agricole, nécessaire pour tenter de rééquilibrer des écarts en constante augmentation entre ruraux et citadins, risque de priver les gouvernements locaux de leur principale source de revenu.

Quant aux marchés boursiers de Shanghai (est) et de Shenzhen (sud), ils ont atteint la semaine dernière leur plus bas niveau en près de six ans et la confiance des investisseurs paraît durablement entamée.

A l’extérieur, le poids croissant de la Chine permet à son gouvernement de s’affirmer davantage sur la scène internationale. Mais il n’a pas su pour l’instant faire preuve de flexibilité alors que la puissance chinoise devient source de tensions.
Aux Etats-Unis, un groupe de sénateurs démocrates et républicains a menacé la semaine dernière Pékin de droits de douane punitifs si sa monnaie n’est pas réévaluée d’ici six mois.
Les relations avec Taïwan pourraient aussi s’envenimer davantage avec le vote prévu en mars d’une “loi anti-annexion” à laquelle Taipei menace de répondre par un referendum sur ses relations avec le régime communiste.

Durant l’année du Coq, “il est particulièrement important de faire preuve de tolérance”, rappelle Shelly Wu, une astrologue basée en Californie.

En Chine même, ses confrères s’interdisent de prédire l’avenir de la nation.

“Si vous publiez des commentaires sur des sujets sensibles il peut facilement arriver que votre site internet soit fermé” par les autorités, explique M. Chen, un géomancien basé dans le Guangdong (sud).

La Tribune de Genève - 11/02/05

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